Acadie 2019

J’ai regardé depuis Saint-Jean de Terre-Neuve le spectacle du 15 août à Dieppe. Il y flottait, de toutes évidences, un vent nouveau. Le ton était un peu décalé mais j’ai trouvé que les artistes «de ma génération», Zachary et Edith par exemple, prenaient un réel plaisir et qu’ils s’harmonisaient parfaitement avec les plus «déjantés» (petit clin d’œil amical à Jass-Sainte!). Bref, le spectacle ressemblait bien à l’Acadie d’aujourd’hui et à sa directrice artistique, Lisa Leblanc, que je félicite.

Oui, l’Acadie, en ce soir du 15 août, ne correspondait pas à la vision qu’on s’en fait souvent: Oui, il y avait beaucoup de chiac (et d’anglais!), oui il y a eu les propos directs et francs qui ont choqué ceux et celles qui relativisent, temporisent, «mettent de l’eau dans leur vin » ou encore «se tournent sept fois la langue dans la bouche avant de parler». Mais, à mon sens, tout le monde, en Acadie, comme dans n’importe quelle société, a le droit d’appréhender la réalité, les faits, à sa façon, et tous et toutes doivent avoir leur place, même si, parfois, ils dérangent.

Qu’un artiste acadien engagé comme Serge Brideau choisisse d’exprimer son indignation sur scène, durant un concert du 15 août, n’a pas dû surprendre les organisateurs du spectacle ni sa directrice artistique, je suis même sûre que tout le monde guettait le moment où ça allait se passer.

Une société dont les artistes n’osent plus s’exprimer est une société opprimée et ce n’est ce que nous souhaitons pour l’Acadie. Serge Brideau a dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas, il l’a dit pour tous ceux et celles qui se retiennent parce qu’il leur faut travailler avec les autorités en place, parce qu’ils veulent, à juste titre, le faire dans les meilleures conditions. Il l’a dit aussi pour ceux et celles qui se taisent parce que «c’est pas la place!» et aussi pour ceux pour qui «c’est jamais la place».

La Fête nationale de l’Acadie est, dans son essence même, un acte politique (demandez donc aux politiciens présents). Alors ne nous surprenons pas que l’Acadie s’y exprime, librement, franchement, et pas seulement en tapant sur des casseroles pendant une demi-heure au Tintamarre!