Le sommet de tous les dangers

Du 24 au 26 août, les chefs de certains des pays les plus puissants de la planète se réuniront à Biarritz, dans le sud-ouest de la France. C’est le sommet du G7 auquel participera également le premier ministre Justin Trudeau. Ce nouveau rendez-vous est le sommet de tous les dangers.

Comme La Malbaie (Québec), il y a un an, Biarritz risque de mettre en évidence ce que les internationalistes désignent comme des rapports économiques, politiques, psychologiques et sociaux de plus en plus complexes d’un ordre international en mutation.

Une partie de campagne entre amis

En lançant l’idée d’un tel sommet informel annuel des leaders des pays les plus industrialisés au début de l’année 1975, le président français Valéry Giscard d’Estaing voulait «organiser un échange de vues entre les principaux dirigeants occidentaux, comme une réunion d’amis dans une maison de campagne». Formés initialement de cinq «grands» (États-Unis, République fédérale d’Allemagne, Grande-Bretagne, Japon et la France), le Canada et l’Italie ont très rapidement rejoint le groupe.

Ses réunions donnent aux participants l’occasion de se prononcer sur un large éventail de questions. Celles-ci vont de la pauvreté, aux guerres, aux problèmes de santé publique, au crime international ou à la pollution. L’ordre du jour de ce sommet déborde ainsi les seules questions économiques initiales pour aborder aujourd’hui l’ensemble des sujets politiques mondiaux. Les très vives manifestations des militants antimondialisation lors des sommets du G7 ont néanmoins conduit à en diminuer la légitimité.

Des pays qui n’en sont pas membres critiquent aussi ce «club des riches» qui voudrait diriger le monde sur la seule base de sa puissance économique et sans être représentatif de l’ensemble de la planète. La Chine, première économie mondiale en termes de parité du pouvoir d’achat, n’en fait pas partie. Admise afin de «récompenser» son soudain virage libéral, la participation de la Russie a été suspendue après son annexion de la Crimée en 2014.

Un G5+2?

Le plus grand défi pour le G7 aujourd’hui réside toutefois dans la voix discordante des États-Unis de Donald Trump et dans l’incroyable force d’attraction qu’exerce l’inénarrable président américain auprès des dirigeants populistes du monde. À la veille du sommet, Trump a de nouveau plaidé en faveur du retour au sein du G7 de la Russie de Vladimir Poutine, qui était reçu en France par Emmanuel Macron. Oui, répond la ministre canadienne des affaires étrangères Chrystia Freeland, mais à condition que Moscou quitte préalablement la Crimée.

Les ouvertures sans limite de Boris Johnson à Trump, son «dauphin britannique», menacent de compliquer encore davantage la recherche d’un terrain d’entente cette fin de semaine lors d’un sommet déjà assombri par les divisions transatlantiques sur le commerce, l’Iran et le changement climatique. La Malbaie, au Québec, accueillait déjà un G6+1. On peut parler aujourd’hui d’un G5+2.

Avec l’Allemande Angela Merkel sur le départ et une Italie renouant avec ses vieux démons politiques, l’hôte du sommet se trouve ainsi bien isolé.

Europhile cohérent et ardent défenseur du multilatéralisme, Emmanuel Macron a été contraint de mettre la barre basse à Biarritz pour éviter, croit-t-on, la répétition du fiasco de l’an dernier lorsque Trump a jeté le sommet du G7 du Canada dans le désarroi en partant tôt, boycottant le communiqué final. La «réduction de l’inégalité» devient ainsi un thème général consensuel.

Qu’en est-il du Canada?

Au menu des discussions, les sujets qui fâchent ne manquent: la guerre commerciale sino-américaine; les tensions entre Washington et Téhéran; le projet de la France d’une taxe universelle sur les multinationales numériques telles que Google et Amazon; le changement climatique; la crise au Cachemire; le résilient mouvement «pro-démocratie» à Hong Kong qui fait grincer des dents à Pékin…

Une telle rencontre pourrait représenter une occasion idéale pour le Canada, en raison de son enviable réputation de «courtier international». Il est toutefois peu probable qu’il y joue un rôle important, comme tenu de ce que les analystes perçoivent comme étant le «manque de substance» et de «profondeur» de Justin Trudeau.

Au mieux, il pourra récolter quelques soutiens publics supplémentaires en faveur des Canadiens détenus en Chine.