Un lieutenant-gouverneur de minorité visible

Le Nouveau-Brunswick sera bientôt sans lieutenant-gouverneur depuis près d’un mois. C’est la responsabilité du premier ministre du Canada de voir à la nomination par la gouverneure générale d’un remplaçant de Jocelyne Roy-Vienneau qui est décédée au début d’août.

On a pu constater l’automne dernier que la lieutenante-gouverneure Roy-Vienneau avait joué un rôle important lorsque les chefs des partis libéral et progressiste-conservateur revendiquaient chacun la victoire et demandaient à former le prochain gouvernement. Mme Roy-Vienneau a rempli ses responsabilités constitutionnelles de main de maître et a permis à la province de ne pas connaître une grave crise politique.

Un lieutenant-gouverneur peut être temporairement remplacé dans ses fonctions par un juge de la Cour d’appel de la province, mais en cas de décès il y a une vacance de pouvoir. C’est le cas actuellement au Nouveau-Brunswick. Le lieutenant-gouverneur assume le rôle de la Couronne du Canada dans l’exercice des pouvoirs législatif et exécutif. Il doit s’assurer qu’il y a toujours un gouvernement au pouvoir.

Toutes les lois votées par l’Assemblée législative doivent recevoir la Sanction royale du lieutenant-gouverneur avant d’entrer en vigueur. L’ensemble des décisions du conseil des ministres s’appliquent uniquement une fois que le lieutenant-gouverneur y a apposé sa signature. C’est notamment le cas des juges provinciaux, des sous-ministres, des procureurs de la Couronne, etc.

C’est également le lieutenant-gouverneur qui ouvre la Chambre avec un discours du Trône, autorise la tenue des élections, demande au chef de parti qui a remporté les élections de former un gouvernement et assermente les ministres. On peut le constater, le Nouveau-Brunswick ne peut pas fonctionner bien longtemps sans la présence d’un lieutenant-gouverneur.

Étant donné que l’ancienne lieutenante-gouverneure avait été nommée en octobre 2014 sous la recommandation du premier ministre Stephen Harper, le gouvernement de Justin Trudeau savait fort bien qu’il faudrait lui désigner un remplaçant cet automne. Le processus de recherche d’un nouveau lieutenant-gouverneur aurait dû débuter bien avant le décès de Mme Roy-Vienneau.

Il est tout à fait inacceptable que le Nouveau-Brunswick n’ait pas de représentant de la Couronne. Il est de la responsabilité constitutionnelle du gouvernement Trudeau de soumettre sans délai une candidature à la gouverneure générale. Comme la tradition veut qu’il y ait maintenant une alternance entre anglophones et francophones dans l’occupation de la fonction de lieutenant-gouverneur, le remplaçant de Mme Roy-Vienneau devait provenir de la communauté anglophone.

Il aura fallu attendre plus de cent ans après la confédération de 1867 pour qu’un francophone, Hédard Robichaud, soit nommé lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. La première femme à occuper cette fonction est Margaret Norrie McCain en 1994 et le premier autochtone, Graydon Nicholas en 2009.

Contrairement à d’autres provinces, dont la Nouvelle-Écosse et l’Ontario, jamais dans l’histoire du Nouveau-Brunswick une personne des minorités visibles n’est devenue lieutenant-gouverneur. Au niveau fédéral deux gouverneurs généraux, Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean, étaient pour l’une d’origine chinoise et la seconde Haïtienne.

Le temps est plus que venu pour que le prochain lieutenant-gouverneur de la province provienne des minorités visibles.