Confucius manquera au Nouveau-Brunswick

Alors que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis faisait entrevoir avec espoir l’approfondissement de relations prometteuses entre le Nouveau-Brunswick et le géant asiatique, la confirmation par le gouvernement provincial de sa décision de suspendre d’ici à 2022 les activités de l’Institut Confucius dans toutes ses écoles vient d’ouvrir une page de grandes incertitudes. Le ministre de l’éducation, Dominic Cardy, affirme que l’Institut Confucius est un organe de propagande du gouvernement chinois et que ses professeurs chinois pratiquent la censure dans les salles de classe.

Le ministre Cardy s’est basé sur les plaintes alléguées de trois écoliers. Il n’est pas étonnant que M. Cardy, réputé pour son entêtement et sa propension à gaffer, passe de la parole aux actes en dépit des vives objections exprimées en particulier par certains universitaires et d’anciens diplomates qui trouvaient ses craintes infondées et ses propos incendiaires.

Il est, en revanche, décevant que le premier ministre Blaine Higgs ait enfin cédé et se soit mis à la remorque de son impétueux ministre, lui qui est censé guider son troupeau politique. On n’a en effet nullement besoin de beaucoup de connaissances de la Chine, ou d’être un de ses vulgaires militants, pour comprendre que cette décision est diplomatiquement et économiquement regrettable pour le Nouveau-Brunswick et, peut-être, pour le reste du Canada.

Étudier et travailler en Asie

En novembre 2017, une analyse du Centre d’étude en politiques internationales de l’Université d’Ottawa et l’École Munk des affaires internationales de l’Université de Toronto concluait que les «relations avec les pays émergents» – au premier rang desquels se trouvent les pays de l’Asie-Pacifique – «deviennent de plus en plus importantes pour la prospérité du Canada».

Aujourd’hui, seul un très faible pourcentage de jeunes Canadiens aurait une expérience internationale en matière d’études et de travail. Et, lorsque c’est le cas, les destinations privilégiées sont le plus souvent l’Australie, l’Europe et les États-Unis. Or, ainsi que le note l’étude, les «économies émergentes» telles que la Chine et l’Inde devraient être d’égale importance.

Les étudiants canadiens devraient donc faire de l’Asie une priorité. Leur gouvernement devrait les aider en ce sens. C’est exactement ce que font des pays comme les États-Unis et l’Australie, rendus à l’évidence des promesses de l’Asie.

En 2009, le gouvernement américain lançait un partenariat public-privé –100 000 Strong China – qui visait à relever à 100 000 sur les prochains cinq ans le nombre d’étudiants américains faisant des études en Chine. En Australie, le «New Colombo Plan», lancé en 2014, visait à procurer à 10 000 étudiants par année des expériences d’apprentissage dans la région indo-pacifique. Au Canada? Aucun programme équivalent.

De la maternelle à la 12e année

S’assurer que les jeunes Canadiens puissent étudier et travailler en Asie sera un pas qualitatif dans la bonne direction. Cela ne sera toutefois pas suffisant. Un autre ingrédient essentiel qui ressort nettement des certaines réflexions académiques est la nécessité d’un programme d’études de la maternelle à la 12e année. L’idée serait de construire une base de connaissances sur l’Asie, stimuler la curiosité et susciter le désir d’en apprendre davantage sur la région.

L’apprentissage basé sur l’Asie est ainsi l’une des trois priorités interdisciplinaires en Australie, tandis que les États-Unis ont un réseau d’organisations consacrées au soutien des programmes et des enseignants pour l’enseignement de l’Asie.

Au Canada, la Fondation Asie-Pacifique mettait à l’essai un tel programme en partenariat avec le ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique. Mais, comme le faisait observer un article de 2017 dans le Globe and Mail, ce type de changement, pour être significatif, doit être adopté et approuvé par un plus grand nombre d’intervenants partout au Canada que ce n’est le cas pour le moment.

Dans un avenir prévisible, les jeunes Canadiens ne pourront réussir dans l’environnement international de plus en plus complexe et compétitif que s’ils sont préparés adéquatement à relever les défis posés par leur exposition croissante à de nouvelles cultures.

Le partenariat avec l’Institut Confucius permettait d’offrir sur place aux jeunes étudiants du Nouveau-Brunswick des classes de mandarin et en culture chinoise. Le ministre Cardy l’a proscrit. Que propose-t-il en lieu et place?