Il pleuvait des oiseaux: tendre, humain… et plutôt ambigu

Certains films sont plus difficiles à «critiquer» que d’autres. Adapté d’un roman québécois, Il pleuvait des oiseaux est assurément un de ceux-là.

L’oeuvre de la cinéaste Louise Archambault (Gabrielle) détonne. Son film propose un scénario linéaire et sans coup de théâtre. Il est dépourvu d’effets spéciaux ou de dilemmes éthiques. Ce n’est pas non plus une oeuvre d’ambiance ou un exercice artistique. Et il n’est ni drôle, ni profondément émouvant.

Si l’adaptation cinématographique du roman de Jocelyne Saucier se démarque en quelque chose, c’est sa propension à faire réfléchir son auditoire.

C’est en effet un film contemplatif, dans lequel le spectateur est appelé à tirer les leçons qui s’appliquent à sa réalité.
Mais pour y parvenir, le cinéphile doit travailler. Très fort.

Parce qu’Archambault a beau aborder une dizaine de thèmes profondément humains dans son oeuvre, elle préfère laisser à chacun le soin de les interpréter et de les transposer à sa propre vie plutôt que proposer une morale ampoulée et universelle.

Il en résulte une expérience cinématographique différente – j’oserais même dire rare -, mais aussi très ambigüe.

Trois ermites

Charlie (Gilbert Sicotte), Tom (Rémy Girard) et Boychuk sont trois hommes d’un certain âge qui vivent reclus dans la forêt du Témiscamingue, dans le nord-ouest du Québec.

Chacun a ses propres raisons de vivre en ermite, mais tous ont fait le choix assumé de vivre en marge de la société.

Un jour Boychuk est victime d’un malaise et meurt.

La cabane du disparu ne reste pas vide bien longtemps parce que Steve, un gérant d’hôtel qui s’occupe de ravitailler les ermites, emmène sa tante y vivre.

La tante en question (Andrée Lachapelle) a été internée toute sa vie adulte et refuse de retourner vivre en résidence.

Il y a aussi Raf (Ève Landry), une photographe qui s’intéresse aux ermites parce qu’ils ont connu Boychuk, un peintre de talent qui a survécu à un terrible et immense incendie de forêt qui a ravagé la région des dizaines d’années plus tôt.

Un intérêt qui ne fera pas le bonheur des ermites, qui ne souhaitent pas du tout attirer l’attention sur eux…

Des performances magistrales

Il pleut des oiseaux nous permet de redécouvrir le talent de trois vétérans comédiens québécois.

Pour un, Rémy Girard joue de la guitare et en chante en anglais avec un aplomb insoupçonné.

Gilbert Sicotte fait de son côté preuve d’une magnifique tendresse, trait de caractère qu’il a rarement exhibé au cours de sa longue carrière.
La palme revient toutefois à André Lachapelle. Son rôle est de loin le plus complexe du film et la vulnérabilité qu’elle affiche est digne des grandes comédiennes de ce monde.

Lent et long

Les amateurs de sensations fortes et de surprises n’apprécieront probablement pas Il pleut des oiseaux.

Le film d’Archambault est un long fleuve tranquille dont l’intrigue – assez mince merci – repose presque entièrement sur les dialogues et l’immense beauté de la nature sauvage.

On passe la majeure partie du film à se demander où la scénariste/réalisatrice souhaite nous emmener. Parce qu’il n’y a pas de grande révélation, de coup de théâtre ou de secret de famille enfoui dans l’oeuvre d’Archambault.

On suit donc la parade et on essaie d’en retirer le maximum sous la forme de petites leçons de vie. Parce que de ça, Il pleuvait des oiseaux en regorge.

Le film aborde une panoplie de thèmes comme le vieillissement, la santé mentale, le deuil, la solitude, les regrets, le besoin de vivre le moment présent, la douleur, l’espoir, l’amour et la tendresse.

Tout ça s’entremêle de belle façon dans une fresque à la fois simple et compliquée. Et comme aucun cinéphile n’est semblable, chacun est appelé à tirer l’enseignement qui s’applique à sa situation.

C’est là la force – pour ne pas dire la grande sagesse – d’Il pleuvait des oiseaux. Le film nous met face à nos choix – passé, présent et futur – et nous invite à réévaluer notre échelle de valeurs.

Personnellement, j’y ai vu un appel à la simplicité et un essai assez réussi sur les raisons qui poussent une personne à se couper du monde ou à se réfugier au fond d’elle même.

Et vous?