Urgences: les Canadiens envient les Danois!

À mon tour! J’ai moi aussi une histoire à raconter sur les urgences canadiennes. Retour sur un cauchemar qui a traumatisé un de mes proches.

Pas plus tard que la semaine dernière, mon meilleur ami se retrouve soudainement pris de nausées, à Montréal. Durant des heures, il me raconte avoir vomi tous les liquides de son corps. Épuisé par ce supplice, il frôle même le malaise à un moment donné.

Ni une ni deux, sa compagne appelle un infirmier par téléphone. Ce dernier lui pose plusieurs questions de sécurité puis lui conseille de faire le 911. Quelques minutes plus tard, des paramédicaux en ambulance arrivent à son domicile. Jusque-là, il me confie avoir été en admiration devant la rapidité de sa prise en charge. Car oui, petite précision, mon meilleur ami est Français. Un pays où les ambulanciers se font régulièrement attendre.

Sauf qu’en tant que lecteur canadien, vous savez déjà que cette vision n’a été qu’un mirage. Une fois aux urgences a commencé pour mon ami une longue attente. Très longue attente. Deux heures, quatre heures, six heures, huit heures… Bon, quand on aime, on ne compte pas. Je vais donc arrêter là ce décompte supplicié.

Durant ces heures dans la cour des miracles des urgences, il me confie avoir rêvé d’être hospitalisé dans une plus petite ville du Nouveau-Brunswick. Convaincu que l’agglomération surpeuplée de Montréal était la cause de tous ses malheurs. Raté pour lui, chez nous aussi les urgences vont mal. Dans l’Acadie Nouvelle du 22 mars 2019, une femme attribuait la mort de sa sœur (Marianne Porter) aux 11 heures d’attente qu’elle avait passé à agoniser dans une salle d’urgence… de l’hôpital de Moncton.

Pour Donna Bordage, les responsables de l’hôpital avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour sauver Marianne.

Mme Bordage attribuait ainsi au surpeuplement des hôpitaux la mort de sa sœur. «Je ne pense pas que quiconque, en aucune circonstance, ne devrait rester assis dans une pièce pendant 11 heures avant de pouvoir voir un médecin», déclarait-elle.

Tout le monde est d’accord avec ce qui ressemble à un vœu pieux. Mais alors, que faire pour résorber cette crise hospitalière? Je plains nos dirigeants politiques. Il est vrai que le Canada n’est que la 10e puissance économique mondiale. Et cela doit être plus facile de gérer le système de santé américain ou chinois. Trêve de plaisanterie, nous savons bien que ces deux pays ne sont pas des références en matière de systèmes de soins.

Dans ce domaine, la solution se trouve plutôt du côté des Scandinaves. Au Danemark en effet, on a mis fin à la «bobologie», qui congestionnait les services d’urgence. Comment? Tout simplement en ne permettant pas à un patient d’y entrer selon son souhait.

Radical, mais là-bas, tout passage aux urgences doit être obligatoirement précédé d’un appel à un centre d’assistance médicale (le 1813) où répondent des infirmiers et médecins expérimentés. Un système de régulation strict qui a fait ses preuves: une fréquentation de -25% dans ces services et un taux d’absentéisme du personnel médical divisé par deux.

Mieux encore, dans la région de Copenhague, un patient attend désormais moins de 15 minutes aux urgences, en moyenne, contre 2 à 3 heures maximum avant la mise en place de cette stratégie en 2014.

Rassurez-vous, les patients recalés lors de ce premier tri ont tous été orientés vers un omnipraticien, un pharmacien, un service d’urgence peu encombré à une heure donnée… ou ont tout simplement attendu que la douleur passe.

Cette mesure courageuse fait partie d’un plan de santé efficace puisque le pays a également un surplus d’infirmiers!

En comparaison, notre Réseau de santé Vitalité peine à recruter pour pourvoir une centaine de ces postes dans ses hôpitaux de la province.
Mais pour la solution danoise contre la pénurie de soignants, je laisse le soin à nos chers ministres d’aller voir de leurs propres yeux. «God tur» («Bon voyage» en danois) Messieurs Higgs, Legault, Trudeau et autres premiers ministres!