Justin Trudeau mérite-t-il un second mandat?

En tant que puissance moyenne, la réputation internationale du Canada réside dans son «soft power», c’est-à-dire sa capacité à séduire les gouvernements et les peuples étrangers parce qu’ils trouvent ses réalisations politiques, sociales et culturelles, ses principes moraux et sa politique étrangère dignes d’inspiration. Le «soft power» diffère du «hard power» qui procède des avantages militaires et économiques des États. Le «soft power» du Canada lui a toujours permis de consolider ses intérêts nationaux à l’étranger.

Bien que certaines récentes orientations problématiques dans la politique étrangère du Canada lui attirent de plus en plus de critiques ici et ailleurs dans le monde, beaucoup de pays continuent de manifester un grand respect pour la robustesse de sa démocratie, l’humanisme de ses gouvernements, ses succès économiques, la liberté de sa presse, la qualité de son éducation et l’indépendance de sa justice.

Depuis qu’il est officiellement entré en politique en 2007, le libéral Justin Trudeau incarnait à merveille cette vision idyllique du Canada: une nation loyale à ses alliés, ouverte aux immigrants et juste envers sa population. Vu d’ailleurs, Trudeau a fait du Canada le parangon d’un rare progressisme à une époque marquée par des tensions sociales et ethniques, le populisme et l’autoritarisme.

Malheureusement, les dirigeants et peuples étrangers n’auront eu de cesse d’écouter ces derniers mois critiques et scandales en série éclaboussant l’actuel premier ministre du Canada. Après l’image internationale d’un Canada «casque d’acier» sous Stephen Harper, ces développements troublants sous Trudeau menacent maintenant d’entamer durablement le prestige international que le Canada a mis des décennies à construire.

De quoi s’agit-il? La diffusion de photo/vidéo montrant le visage grimé en «brun» ou «noir», en signe du racisme de Trudeau. L’«affaire SNC-Lavalin» et le trafic d’influence allégué du premier ministre. Ses promesses déçues vis-à-vis des autochtones. Ses manquements répétés à l’éthique. Les soupçons de misogynie pesant contre lui (Jody Wilson-Raybould). Son voyage raté en Inde. Ces graves erreurs de jugement, entre autres, reprochées à Trudeau font la manchette des grands médias dans les monde.

Proclamé premier «premier ministre de l’ère Instagram», et icône indiscutable des médias sociaux, ces critiques et scandales auront encore un plus grand impact sur l’image internationale du Canada que s’ils avaient été provoqués par n’importe lequel des autres concurrents moins célèbres de Trudeau. Les médias sociaux sont maintenant omniprésents et Justin Trudeau en est un véritable phénomène.

Ces développements sont d’autant plus alarmants que Trudeau incarnait également aux yeux des analystes ce que son pays pouvait signifier pour le reste du monde. Aux États-Unis, Donald Trump faisait adopter son interdiction ciblant les ressortissants en provenance d’un certain nombre de pays à majorité musulmane? Justin Trudeau twittait que le Canada accueillerait favorablement ceux qui fuient la persécution, peu importe leur foi.

Les accusations d’inconduite sexuelle s’accumulaient contre Trump? Trudeau proclamait son propre féminisme dans les pages de célèbres magazines. Trump s’engageait à donner préséance à l’Amérique («America First»)? Trudeau déclarait, lui, que le Canada était «de retour» en tant qu’acteur mondial.

Justin faisait sienne l’idée puissante du Canada promu jadis par Trudeau le père: «La société juste». C’est-à-dire: la protection des droits civils, des possibilités économiques pour tous, des remèdes scientifiques aux problèmes environnementaux, une plus grande autonomie pour les peuples autochtones au Canada et un pays dans lequel les droits linguistiques des minorités étaient consacrés.

« À l’extérieur du pays, pouvait ainsi écrire un journal britannique, Trudeau a convié le monde à imaginer le Canada comme une utopie nordique épargnée par les forces du nationalisme et de la xénophobie. »

Pour le moment, néanmoins, nous devons tous reconnaître que des dommages ont été causés à la réputation du Canada. Les Canadiens et tous ceux qui aiment sincèrement ce pays ne peuvent qu’espérer que les ingrédients essentiels à son «soft power», qui ont été si utiles à la défense de ses intérêts nationaux dans le passé, seront ravivés au cours des prochaines années.

À la lumière de ses multiples gaffes, faux pas et de son manque de jugement, une question se pose: Justin Trudeau mérite-il un second mandat?