Rambo: Last Blood: beaucoup de sang et de bons sentiments

Véritable symbole du cinéma d’action (et violent) des années 1980, le vénérable John Rambo fait un retour au grand écran. Si le personnage a vieilli, la formule, elle, n’a pas pris une ride.

Je suis de cette génération de petits garçons qui a grandi avec Rambo.

Je ne compte plus les fois où, mes amis et moi, enfourchions nos BMX pour se rendre au «club vidéo» afin de louer un des épisodes de la saga (la plupart du temps le deuxième).

Nous prenions d’assaut le salon d’un d’entre nous – souvent, au grand dam de sa maman – et, après trois ou quatre visionnements consécutifs, nous rentrions dans nos chaumières respectives.

Compte tenu de la violence de ces films, je suis surpris que nos parents nous aient permis de les regarder.

Il faut dire que les années 1980 ont été celles des machines à tuer. On n’a qu’à penser à Rambo, bien sûr, mais aussi à Terminator, à Predator, à Robocop, à Commando et à Friday the 13th, sans oublier un certain Darth Vader…

Toute cette violence était à l’époque socialement acceptée.

Aujourd’hui, les moeurs ont changé. Les cinéphiles s’attendent à davantage de substance qu’un carnage sanglant qui s’étire sur 90 minutes.

Est-ce que Rambo: Last Blood (en salle depuis vendredi) répond à leurs attentes? Oui, mais à peine.

Ironiquement, c’est le premier épisode de la franchise, lancé en 1982, qui demeure à ce jour le plus socialement intelligent de la série…

Une nouvelle mission

Après les événements des quatre films précédents, l’ancien combattant John Rambo (Sylverster Stallone) semble avoir trouvé un début de paix intérieure.

Il s’est installé sur le ranch de son défunt père où, à l’aide d’une amie et de la petite-fille de celle-ci, il dresse des chevaux.

Notre homme demeure toutefois hanté par son passé et ses instincts de guerrier demeurent très affinés.

Rambo, malgré son âge avancé, sera forcé de faire appel auxdits instincts quand la petite-fille de son amie, qu’il considère comme sa propre nièce, sera enlevée par un cartel mexicain.

Du pareil au même

Les premières critiques des médias sérieux n’ont pas été tendres à l’endroit du cinquième épisode de la franchise.

Plusieurs ont fait état de son caractère violent, avec raison. Il y a énormément de sang dans ce film, et les morts s’y font davantage au corps à corps que dans les épisodes précédents – ce qui rend la chose un peu plus dérangeante que lorsque Rambo abat une dizaine de petits soldats anonyme armé d’une mitraillette.

Plusieurs observateurs ont également mis de l’avant le caractère raciste de l’oeuvre. Il est vrai que dans le climat politique américain actuel, utiliser des Mexicains comme méchants tient un peu de l’irresponsabilité.

Je dois dire par contre que je n’ai pas ressenti le moins du monde le sentiment anti-immigration que certains ont décrié.

Il est vrai toutefois que le film ne fait rien pour détruire le stéréotype d’un Mexique dangereux et corrompu… qui a besoin d’être sauvé par l’homme blanc.

Personnellement, ce qui m’a le plus déçu avec Last Blood c’est son manque de sens artistique.

Je vous entends rire. Mais sachez que Rambo (2008) était un très beau film. Dans ce nouvel épisode, on sent beaucoup moins de recherche et d’efforts dans les angles de vue, les cadrages, l’utilisation des paysages et les effets spéciaux.

Disons que question style, on est revenus aux pas très innovantes années 1980!

Mais, la question que tous les amateurs de Rambo se posent: est-ce un bon film? Ma réponse: Last Blood n’est pas plus inspiré que ses prédécesseurs, pour le meilleur et pour le pire.

Rambo a vieilli et il est plus vulnérable, ce qui est en soit une bonne chose. Personne n’aurait acheté le concept du one-man-army septuagénaire.

Par contre, nostalgie oblige, certaines séquences d’action ressemblent à des copier-coller de ce qui s’est fait dans les quatre épisodes précédents.

Le film déborde aussi de bons sentiments (tristesse, détermination, mais surtout, vengeance aveugle – qu’on essaie maladroitement de faire passer pour une noble cause), rendus de façon fort peu subtile.

Reste que dans la très intense et sanglante dernière demi-heure, je n’ai à peu près pas décroché de ce qui se passait à l’écran – ce qui m’arrive très rarement sur une si longue période. Signe que, quand il prend les armes, Rambo peut nous tenir en haleine aussi bien que quiconque. Peu importe son âge!

3/5