Qui crache en l’air…

Pas mal difficile de ne pas traiter aujourd’hui du bourbier dans lequel se trouvait la semaine dernière le premier ministre sortant et chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau. Au moment d’écrire ces lignes, M. Trudeau était en mode gestion de crise et s’excusait dans à peu près tous ses discours d’avoir mimiqué dans sa jeunesse des personnes de couleur en se peinturant le visage noir et en portant un costume arabe emprunté au conte des Mille et Une Nuits.

Si ce n’était que les libéraux se sont acharnés depuis le début de la campagne électorale à reprocher des gestes et des paroles du passé aux candidats des autres partis, peut-être que les chefs de ces partis et les médias auraient tout simplement ignoré ces gestes un peu fou-fous de son passé, surtout qu’ils se sont produits il y a 18 ans ou plus.

Ma mère disait souvent: «Qui crache en l’air devrait s’attendre à ce que ça lui retombe sur le nez un jour.»

Mais voilà où la politique est rendue aujourd’hui. Les attaques personnelles sont malheureusement plus fréquentes que les réelles discussions ou les débats sur les enjeux de l’heure et les positions des différents partis face à ceux-ci.

Comme nous avons pu le constater lors de la dernière campagne électorale au Nouveau-Brunswick, les libéraux ont fait leurs choux gras d’un discours de Blaine Higgs qu’il a livré 33 ans passés sur les mérites du bilinguisme.

Même si M. Higgs s’est acharné à expliquer que son point de vue avait changé et qu’il croyait aujourd’hui aux bénéfices du bilinguisme officiel dans cette province.

Ayant côtoyé le chef PC durant cette dite campagne, je sais que son point de vue personnel ne reflète aucunement ce que les libéraux lui reprochaient pour des fins politiques et pour s’assurer le vote des Acadiens.

Ces attaques personnelles envers M. Higgs n’ont rien à voir avec ces gestes et ses paroles depuis son entrée à l’Assemblée législative, en 2010.

En fait, son premier geste comme député a été d’embaucher une francophone bilingue comme adjointe de circonscription. Plus tard en tant que membre du caucus de David Alward, il s’est opposé avec succès à une tentative d’une députée d’arrière-ban de revoir à la baisse la Loi sur les langues officielles. Comme ministre des Finances, il a appuyé la construction d’une école francophone dans sa ville de Quispamsis. Et comme chef du PC, lors de la dernière campagne, il a pris un engagement formel dans son programme électoral et dans ses discours de respecter cette même loi et de défendre les deux communautés linguistiques de cette province.

Mais revenons aux fameuses mimiques «Brown face» de Justin Trudeau et son impact potentiel sur la présente campagne. Le geste en soi, surtout à l’époque où il a été posé, n’a rien à mon avis pour mériter la peine capitale. C’est plutôt son obstination à le cacher et à dénigrer ses adversaires pour des gestes ou des paroles du passé, tout aussi insignifiants. En d’autres mots, quiconque exige la perfection de ses adversaires devrait s’assurer d’avoir un passé tout aussi parfait.

Là où M. Trudeau pourrait être vulnérable, c’est plutôt dans les décisions qu’il a prises depuis son élection à la direction du pays.

Il est fort possible que les électeurs soient plus influencés par des décisions controversées des quatre dernières années comme de légiférer l’usage récréatif du cannabis et permettre le suicide assisté, que par les promesses qu’il fera durant la présente campagne.

Peut-être aussi que le ton de la campagne deviendra plus serein une fois que les électeurs et les médias réaliseront que tous les partis ont des poux et des pommes pourries et qu’ils devraient désormais se concentrer sur les véritables enjeux de la campagne.

Après tout, en politique, le passé n’est pas toujours garant de l’avenir.

Bonne semaine à tous.