Ad Astra: de la science-fiction aux antipodes de Star Wars

Pour les non initiés, tous les films de science-fiction se ressemblent. La réalité est cependant tout autre. Ad Astra (en salle depuis le 20 septembre) est un rappel que les oeuvres qui se déroulent dans l’espace sont loin de toutes partager le même ADN.

La science-fiction se fractionne en une tonne de sous-genre, aussi différents les uns que les autres.

D’un côté du spectre, on retrouve les space operas qui débordent d’aventure et d’effets spéciaux. La saga Star Wars, Alien, Flash Gordon et Battlestar Galactica en sont quelques exemples.

À l’autre extrémité, on tombe sur du cinéma plus posé et contemplatif avec des classiques tels que Interstellar (2014), Solaris (1972), Moon (2009) et leur ancêtre, 2001: A Space Odyssey (1968).

Et entre les deux? Des films comme ceux de la franchise Star Trek, dans lesquels philosophie et combats se côtoient.

Ad Astra, qui met en vedette un Brad Pitt au sommet de son art, se situe résolument dans la catégorie du cinéma de science-fiction intellectuel.

À l’instar du chef d’oeuvre de Stanley Kubrick, 2001: A Space Odyssey, le film du très prometteur James Gray (We Own the Night) regorge de sens cachés dans une histoire qui, à première vue, se veut pourtant extrêmement simple.

En route vers Neptune

Dans un futur «pas très éloigné», la Terre est victime de variations de courant qui mettent des millions d’humains en danger.

Après enquête, le programme spatial américain détermine que la source du problème vient d’un vaisseau envoyé en mission il y a 16 ans et dont il n’a plus de nouvelles.

Menée par l’astronaute le plus célèbre de l’histoire (Tommy Lee Jones), cette mission (intitulée Lima) avait pour but de se rendre le plus loin possible dans l’espace afin d’élargir le champ de recherche d’une éventuelle intelligence extra-terrestre.

La mission de repérer et de détruire l’engin problématique est confiée au major Roy McBride (Pitt), le fils du commandant chargée du projet Lima.

Dans son très long voyage vers la Lune, puis Mars et ultimement Saturne, Roy se raprochera, au sens propre comme au sens figuré, d’un père qu’il blâme de l’avoir abandonné.

Bonnes idées

Ad Astra est un film ouvert dans le sens où absolument rien ne nous est donné.

Plusieurs scènes ainsi que le thème central du film regorgent de symbolisme et peuvent être interprétés d’une tonne de façons.

On y cogite énormément et on ressort du cinéma avec le sentiment qu’un deuxième ou un troisième visionnement nous permettraient de voir l’oeuvre d’un oeil totalement différent.

Un état de fait qui risque de déplaire à plusieurs cinéphiles qui associent science-fiction avec divertissement facile.

Reste qu’en dépit de son ton volontairement (très) ambigu, As Astra regorge de bonnes idées et de concepts visionnaires – sans compter que sa cinématographie est absolument magnifique.

Le voyage de McBride sur la Lune est LE moment fort du film. Dans l’oeuvre de Gray, l’Homme a colonisé l’astre et le capitalisme n’a pas mis de temps à s’y développer.

Au chapitre des concepts les plus intéressants: des pirates tentent de s’y aproprier les ressources et l’architecture imposante des bâtiments est à couper le souffle.

Entre vous et moi, si on me proposait une série télévisée sur la vie lunaire telle qu’abordée – trop brièvement – dans Ad Astra, je serais assurément rivé sur ma tablette dès sa sortie.

Pitt au sommet

Le symbolisme et la vision font d’Ad Astra un bon film. Mais si vous ajoutez la performance de Brad Pitt à l’ensemble, vous avez là un film qui s’élève largement au-dessus de la masse.

Pitt est peut-être le comédien le plus talentueux à n’avoir jamais remporté un Oscar d’interprétation. Mis en nomination à trois reprises (pour 12 Monkeys, The Curious Case of Benjamin Button et Moneyball), il a mordu la poussière en chaque occasion.

Son rôle dans As Astra pourrait tout changer. Pitt y est brillant de réalisme. J’ai rarement dans ma vie vu une performance où un comédien a autant l’air dans son élément.

Par moment, Pitt est si bon qu’on a l’impression d’assister à un documentaire sur sa vie (s’il avait été astronaute…).

Une performance d’autant plus exceptionnelle que le comédien âgé de 55 ans est au coeur de pratiquement toutes les scènes – et que plusieurs son muettes.

Ad Astra n’est peut-être pas le film le plus accessible, mais il mérite d’être vu, ne serait-ce que pour le génie de Gray et le jeu de Pitt.