Savoir s’abstenir

Le Nouveau-Brunswick ne s’est finalement pas présenté devant la Cour suprême la semaine dernière pour mettre son grain de sel dans l’affaire qui oppose les francophones de la Colombie-Britannique à leur gouvernement au sujet du financement de leurs écoles. D’un point de vue politique, cette abstention de dernière minute est loin d’être insignifiante.

L’aventure avait bien mal commencé pour le gouvernement Higgs. Après avoir signalé son intention d’intervenir dans cette affaire, la procureure générale du Nouveau-Brunswick, Andrea Anderson-Mason, avait refusé de dire à la population si elle allait défendre le droit des francophones à une éducation de qualité égale ou si elle allait plutôt se ranger derrière l’argument financier de Victoria pour justifier un système inférieur à celui des anglophones.

La société civile acadienne n’a pas tardé à se manifester en demandant elle aussi le droit d’intervenir pour assurer qu’au moins une voix en provenance de la seule province officiellement bilingue se fasse entendre devant la Cour pour défendre une interprétation large et généreuse de la Charte canadienne des droits et libertés.

Pour expliquer sa volte-face, le cabinet de la procureure générale a indiqué qu’à son avis «les intérêts des Néo-brunswickois (seraient) bien représentés par la participation de plusieurs groupes» de cette dite société civile acadienne.

Ce n’est quand même pas tous les jours qu’un gouvernement, surtout un gouvernement maintenu au pouvoir par un parti antibilinguisme, laisse à la Société de l’Acadie et compagnie le soin de parler au nom des Néo-Brunswickois sur la scène fédérale sans s’en mêler. C’est d’autant plus impressionnant quand on sait que les trois autres provinces de l’Atlantique ont décidé d’appuyer la Colombie-Britannique au détriment de leurs populations francophones.

Évidemment, il aurait été plus souhaitable que le Nouveau-Brunswick se présente en Cour suprême pour défendre les francophones en situation minoritaire de partout au pays, mais dans les circonstances actuelles en politique provinciale, cette abstention ressemble joliment à une victoire.