Judy: un arc-en-ciel d’émotions

Même si elle a connu une carrière exceptionnelle de chanteuse et de comédienne, Judy Garland ne s’est jamais remise d’une enfance marquée par la pression ainsi que les abus physiques et psychologiques. C’est ce que raconte avec beaucoup de doigté le très beau film Judy (en salle depuis le 27 septembre).

Si vous avez moins de 40 ans, les chances sont bonnes pour que vous vous demandiez qui était Judy Garland.

Sachez qu’à 17 ans, elle était déjà une vedette internationale en raison de son interprétation de Dorothy Gale dans le classique The Wizard of Oz (1939).

La jeune femme originaire du Minnesota a connu une grande carrière à Hollywood, partageant notamment l’écran avec Gene Kelly, jouant dans une cinquantaine de films et mettant la main sur un Oscar.

Quand les studios MGM se sont débarrassés de la petite Judy en raison de ses problèmes de santé, en 1950, le jeune femme s’est tournée vers la scène.

Elle a fait de la chanson thème de The Wizard of Oz (Over the Rainbow) son hymne le plus connu, remportant même quatre prix Grammy en 1961 pour l’album Judy at Carnegie Hall, un concert que plusieurs considèrent comme un des plus grands moments de l’histoire du show-business.

La vie de Judy Garland n’a toutefois pas été que bonheur et joie (et arcs-en-ciel…).

La comédienne s’est battue toute sa vie contre l’insomnie et des problèmes de dépendance aux drogues et à l’alcool. Elle s’est mariée cinq fois et plusieurs de ses conjoints ont mal investi sa fortune.

Les problèmes financiers de Mme Garland sont d’ailleurs l’élément déclencheur de Judy.

On y fait la connaissance, à la fin des années 1960, d’une femme rongée par les dettes, sans véritable domicile fixe, qui gagne péniblement sa vie en donnant des concerts avec ses deux jeunes enfants.

Quand le quatrième mari de Judy obtient la garde de leurs enfants – parce qu’il peut leur offrir une vie stable -, la chanteuse prend la résolution de se refaire une santé financière. Elle part donc pour Londres afin d’y donner une série de spectacles.

Mais à ce moment, l’ancienne star est au bout du rouleau et croule sous le poids d’une vie marquée par l’abus. Judy Garland saura-t-elle faire fi de sa santé mentale vacillante pour se prendre en main et parvenir à ses fins?

Exceptionnelle Zellweger

La vie de Judy Garland est fascinante, mais sans la prestation exceptionnelle de Renée Zellweger, Judy ne serait qu’un drame biographique musical parmi tant d’autres.

Mme Garland était une femme plus grande que nature, une diva avant son temps, qui savait faire preuve d’humanité et de générosité malgré son comportement très souvent erratique.

C’était aussi une personne dotée d’un esprit vif, d’un charisme unique et d’un humour très ironique – il suffit d’écouter l’album Judy at Carnegie Hall pour s’en convaincre.

Zellweger est parvenue à rendre tout ça avec un aplomb qui devrait sans aucun doute lui permettre d’être mise en nomination pour un Oscar.

Mais l’interprète de Bridget Jones sait aussi chanter (on l’a vu dans Chicago, notamment). Et elle le rappelle dans Judy.

Une scène en milieu de film m’a particulièrement impressionné. Mme Garland vient de débarquer à Londres et elle donne le premier concert de sa série – qui, dans la réalité, s’est étirée sur cinq semaines.

Ne manquant pas de culot, le réalisateur Rupert Goold (True Story) a choisi de présenter la première chanson en un plan sans coupure dans lequel on ne voit que Zellweger.

J’imagine à peine tout l’entraînement qu’il aura fallu à la comédienne pour parvenir à réaliser ce sans-faute. Un véritable tour de force!

Beau et émouvant

Davantage drame que comédie musicale (les scènes de concert y sont moins nombreuses qu’on s’y attendrait), Judy est un film visuellement intéressant, mais, surtout, rempli de petits moments magiques.

Je vous l’ai dit, Mme Garland avait une personnalité complexe et son quotidien alternait souvent entre rires et larmes.

On a droit à plusieurs scènes extrêmement touchantes qui servent à faire ressortir le côté humain de la grande dame.

On assiste surtout au combat (malheureusement perdu d’avance) d’un être humain torturé qui souhaite faire fi de ses difficultés pour se prendre en main.

Comme elle l’a dit à un journaliste, Judy Garland, malgré sa célébrité, «n’est qu’une personne comme une autre qui navigue entre les obstacles de la vie à la recherche du bonheur».

Un état de fait que Judy démontre avec une magnifique sensibilité.