Ne pas mordre la main qui nourrit

Si cette histoire n’était pas si sérieuse. Il faudrait en rire! Quand les médias sociaux ont annoncé l’apparition soudaine de casiers de homards la semaine dernière sur le quai de Shippagan, il n’en fallait pas plus pour provoquer une commotion et attirer ainsi des centaines de personnes sur le quai.

Sans vérifications aucunes, on a vite fait d’imaginer que ces casiers étaient l’instrument par lequel les Premières nations voulaient vider les eaux de la baie des Chaleurs du précieux crustacé. Mais voilà qu’après une simple vérification, on constate que ces casiers destinés à un bateau allant vers Terre-Neuve n’ont rien à voir, ni avec une pêche quelconque, ni avec nos Premières nations.

L’histoire se répète ici, alors qu’en 2003 on a vu partir en fumée deux usines et cinq bateaux tous reliés à une pêche autochtone légale et créatrice d’emplois. Conséquence de cette triste journée, plus un seul kilo de produits marins n’est maintenant transformé dans une ville qui a déjà compté plus de mille employés dans ses usines de transformation.

Malgré ces actions à caractère raciste et xénophobe, les Premières nations ont fait preuve de discernement et de jugement, en continuant de livrer leur produit dans la Péninsule acadienne. Rien ne les obligeait à le faire.

Ce que la population ne connaît pas assez, c’est l’incroyable succès des pêcheries autochtones depuis la décision Marshall en 1999. Pour 500 millions $, le gouvernement canadien, sans augmentation de l’effort de pêche, aura permis aux 34 communautés autochtones de l’Atlantique de bénéficier d’une ressource qui était totalement la leur avant notre arrivée.

Il suffit de se rendre dans les communautés autochtones, notamment celles d’Elsipogtog et d’Esgenoopetitj, pour constater l’incroyable amélioration de leur condition de vie, conséquence de leur implication dans la pêche commerciale. Précisons d’entrée de jeux qu’ils ont à 99% adhéré aux conditions de pêches commerciales en place, et que malgré quelques disputes sur la pêche de subsistance, plusieurs Autochtones sont devenus d’habiles pêcheurs et de bons transformateurs.

Contrairement à notre flottille de crabiers, les Premières nations du Nouveau-Brunswick livrent la totalité de leur allocation de crabe dans la Péninsule acadienne. Ils sont maintenant propriétaires de deux usines de transformations, l’une à Tracadie et l’autre à Bas-Caraquet, et s’inscrivent présentement parmi celles qui traitent leurs employés avec le plus de respect. Fait important à mentionner, les Premières nations ont à elles seules réussi à sauver in extremis au début des années 2000 l’enseignement des techniques de pêche à l’École des Pêches de Caraquet. Elles sont encore parmi les meilleurs clients de cette institution si chère à notre industrie de la pêche.

Bien certainement, tout n’est pas parfait, et beaucoup de progrès reste à faire. Mais soyons prudents quand vient le temps de porter des jugements. Rien de les obligent à livrer leur produit chez-nous; c’est un privilège qu’ils nous accordent. Soyons-en reconnaissants. Pour avoir travaillé plusieurs années avec les Premières nations, ils partagent la même ambition que nous tous; offrir à leurs enfants une vie meilleure que ce qu’ils se sont vus imposer par nos gouvernements.

Merci/Wela’lieg