Les règles du jeu

Étant donné la très forte possibilité que le Canada se retrouve bientôt avec un gouvernement minoritaire et considérant  les récents propos de certains politiciens sur cette éventualité, une mise au point s’impose en prévision de la soirée électorale de lundi.

Si aucun parti n’obtient une majorité claire de sièges à la Chambre des communes, c’est au premier ministre sortant, Justin Trudeau, que revient d’abord la chance de tenter de former un gouvernement.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Andrew Scheer, affirmait cette semaine qu’il s’attend à ce que M. Trudeau démissionne si les libéraux remportent moins de sièges que les conservateurs. «Dans l’histoire moderne du Canada, le parti remportant le plus grand nombre de sièges forme le gouvernement et le premier ministre qui détient moins de sièges qu’un autre parti à l’issue d’une élection démissionne», a-t-il déclaré.

N’en déplaise à M. Scheer, dans le système de Westminster, Justin Trudeau a tout à fait le droit de demeurer en poste le temps d’essayer d’obtenir l’appui des autres partis et la confiance de la Chambre. Ce n’est qu’en cas d’échec que M. Trudeau devrait démissionner, laissant ainsi son tour au chef conservateur. Les chances de réussite de M. Scheer sont toutefois plutôt minces lorsque l’on considère les forces en présence à Ottawa et l’immense écart qui les sépare sur des thèmes aussi fondamentaux que l’environnement et les oléoducs.

Les conservateurs crieront sans doute au martyr si Justin Trudeau ne démissionne pas sur-le-champ, advenant qu’aucun parti ne remporte une majorité lundi soir et que les libéraux arrivent au deuxième rang.

Dans un tel scénario, M. Trudeau aurait tout intérêt à ne pas tarder à rappeler les députés à Ottawa pour essayer le plus tôt possible d’obtenir la confiance de la chambre. Malgré la légitimité de sa démarche, l’image d’un premier ministre défait qui s’accroche au pouvoir n’a vraiment rien de flatteur et pourrait avoir des effets négatifs à long terme pour lui et pour son parti.