Le monde a bien changé, nous aussi

La récente fête de l’Action de grâces a été une occasion en or pour réfléchir sur les avancements de notre société et sur ce que nous réserve l’avenir. En plus de célébrer en famille les liens qui nous unissent, nous avons rendu grâces pour notre qualité de vie, nos amis, nos emplois et notre communauté.

Je suis de ceux qui préfèrent voir le verre à demi plein et qui apprécient de vivre dans la société multiculturelle qu’est devenue l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

En particulier, j’aime beaucoup ce qu’est devenue la région Chaleur où j’habite. Je m’explique.

Il y a quelques semaines, je m’assois dans l’auberge de mon village (Petit-Rocher) pour y prendre le petit déjeuner. Cet établissement, devenu propriété d’immigrants français, accueillait ce jour-là une famille d’origine européenne venue visiter la région Chaleur. Ils parlaient l’allemand entre eux (je crois), mais le français avec la serveuse. Un autre couple, anglophone celui-ci, était assis à une autre table et communiquait en anglais avec la même serveuse. Pas mal pour un village à 99% francophone.

Plus tard ce matin là, je me rends dans un dépanneur de Beresford pour faire le plein. Ce poste d’essence est depuis quelques années la propriété d’immigrants coréens, comme l’est celui de Nigadoo.

À Bathurst, j’arrête prendre un sandwich dans un restaurant pour emporter et je suis servi par deux jeunes d’origine indienne ou pakistanaise… en français.

À Bathurst, la population a bien changé et a même élu, en 2016, un conseil municipal majoritairement francophone. D’après le dernier recensement, la population y est désormais majoritairement francophone et comprend environ 10% de résidents n’ayant ni le français ni l’anglais comme langue maternelle. Le Collège communautaire, campus de Bathurst, accueille à lui seul plusieurs dizaines d’étudiants internationaux par année qui, une fois leurs études complétées, demeurent parfois dans la région Chaleur pour y travailler et y fonder une famille.

Notre société acadienne est donc en train de devenir multiculturelle, et c’est pour le mieux.

Nos familles acadiennes ont rarement plus de deux enfants et comme me le faisait récemment remarquer le père Comeau, les naissances et les baptêmes se font plutôt rares dans notre région, comparé aux funérailles célébrées dans nos églises.

Si nous voulons maintenir la même qualité de services et préserver nos institutions acadiennes, il nous faut ouvrir grands les bras aux immigrants.

J’applaudis en ce sens la Stratégie de croissance démographique de la province dévoilée en août dernier. Elle vise à accueillir pas moins de 7500 nouveaux arrivants par année pour les cinq prochaines années.

La province veut aussi «continuer de viser une augmentation annuelle de 2% des immigrants francophones par l’entremise de programmes d’immigration provinciaux afin d’atteindre 33% d’ici 2024.»

Pour atteindre ces cibles, la province compte sur 60 mesures concrètes dans son plan d’action.

J’en ai retenu deux qui sont, à mon avis, les plus importantes, soit «créer un environnement où les nouveaux arrivants et leur famille peuvent s’établir et réussir», et «encourager les collectivités à bâtir une province plus diversifiée et accueillante».

Si je me fie à mes observations des dernières semaines, la région Chaleur est certainement devenue accueillante envers ses nouveaux arrivants.

Le Madawaska, tout comme le Restigouche-Ouest, le Sud-Est et la Péninsule acadienne, le sont également.

Je ne suis pas convaincu, cependant, que c’est le cas partout au Nouveau-Brunswick, surtout dans les régions rurales anglophones.

De là l’importance de la nouvelle stratégie de croissance démographique de la province.

Peu importe qui formera le prochain gouvernement fédéral au cours des prochains jours, il devrait s’empresser d’accepter les demandes du gouvernement provincial pour ouvrir les portes plus grandes aux immigrants dans notre province, peu importe leur pays d’origine.

La survie de notre province et de nos communautés en dépend.

Bonne semaine à tous.