Les souvenirs de Clément Tremblay

Sur le site The Internet Hockey Database, on concède un généreux 5 pieds 6 pouces à Clément Tremblay.

C’était commun il y a 60 ans de bonifier la taille des athlètes dans la plupart des sports. Même les lutteurs n’hésitaient pas à se grandir de quelques pouces et à se grossir d’une trentaine de livres. D’ailleurs, cette manière de faire est toujours d’usage de nos jours.

Sauf que dans les faits, le bon vieux Clem lui ne faisait même pas 5 pieds 5 pouces.

«Ma femme Monique m’a toujours dit que je mesurais 5 pieds 4 pouces et demi. J’ai peut-être déjà mesuré 5 pieds 5 pouces, mais seulement en me levant sur le bout de mes orteils», me lance Clem dans un grand éclat de rire.

C’est ainsi que la conversation a débuté.

Si j’ai choisi de vous parler au départ de la taille de l’ancien maire de Dalhousie, c’est qu’au milieu des années 1960, il était considéré comme l’un des meilleurs hockeyeurs d’âge junior au monde. Rien de moins. C’était tout un joueur Clem Tremblay.

En 1965-1966, il a remporté le championnat des pointeurs de la Ligue junior A du Québec, qui deviendra quatre ans plus tard la LHJMQ. En 48 duels avec les Bruins de Shawinigan, il inscrit 74 buts et 51 passes pour un total de 125 points.

«J’en suis très fier de ça. Si tu regardes sur ce trophée qui est maintenant remis au champion pointeur de la LHJMQ, on y trouve aussi des noms comme Guy Lafleur, Mario Lemieux et Sidney Crosby», indique-t-il.

La saison suivante, cette fois-ci avec les Flyers de Niagara Falls, une formation de la Ligue junior A de l’Ontario (future OHL), Clem y va cette fois-ci de 30 buts et 51 mentions d’aide pour 81 points en 48 parties. Ça lui permet de terminer au cinquième rang des pointeurs derrière quatre joueurs qui auront de longues carrières dans la LNH, soit ses coéquipiers Derek Sanderson et Jim Lorentz, ainsi que Mickey Redman et Garry Monahan des Petes de Peterborough.

Malheureusement pour Clem, sa taille l’a ensuite empêché de se rendre jusqu’à la LNH.

Il a bien disputé trois saisons professionnelles avec un certain succès, mais il a vite réalisé que ses chances d’atteindre la LNH étaient nulles.

«Avoir mesuré trois ou quatre pouces de plus, j’aurais réussi, affirme Clem. Les plus petits joueurs dans le temps étaient Henri Richard et Yvan Cournoyer (5 pi 7po) avec les Canadiens de Montréal. Moi j’étais juste trop petit.»

Outre Richard et Cournoyer, on retrouvait aussi le gardien Lorne Worsley, lui aussi du CH, à 5 pi 7po. Le plus petit était toutefois le portier des Seals d’Oakland Charles Hodge à 5 pieds 6 pouces. Tous ces joueurs ont en commun d’avoir eu des carrières exceptionnelles dans la LNH. C’est vous dire à quel point il fallait être un sacré bon petit joueur pour percer dans la grande ligue même à cette époque.

S’il se permet de rire aujourd’hui de sa petite taille, ça n’a pas toujours été le cas. C’est qu’il avait du caractère Clem Tremblay dans ses jeunes années. Fallait surtout pas lui piler sur les pieds. Il avait la mémoire longue.

«Avec les Bruins de Shawinigan, en plus de remporter le championnat des pointeurs j’ai aussi obtenu plus de 120 minutes de pénalités. L’entraîneur Claude Dolbec n’arrêtait pas de me dire de me calmer. Il ne voulait vraiment pas que je me fâche sur la glace. Mais c’était plus fort que moi. Moi je voulais juste scorer des buts, mais les gars des autres équipes me cherchaient. Et comme j’avais toujours l’adrénaline au plafond, ça débordait parfois», mentionne-t-il en riant. Claude Piton Ruel en est un à qui il en a longtemps voulu. Pour tout vous dire, même si Ruel est décédé depuis 2015, je soupçonne Clem d’en veut encore un peu à Piton.

«En 1962 ou 1963, Claude Ruel, qui était alors recruteur pour les Canadiens, était venu me voir jouer à Chandler. Après le match il est venu me voir pour me dire qu’il avait entendu parler de moi et qu’il pensait que je pourrais peut-être jouer pour les Canadiens junior. Mais dans la même conversation, il a fini par dire qu’il me trouvait trop petit pour y arriver. « T’es trop p’tit l’jeune », qu’il m’avait dit. Ça m’avait enragé comme c’est pas possible», me raconte-t-il.

– J’imagine que tu étais aussi un peu en colère contre les Canadiens, que je lui demande aussitôt.

«Pas un peu! Beaucoup!, rétorque-t-il immédiatement. Je n’ai jamais aimé les Canadiens depuis. Et Claude Ruel non plus. J’ai eu ma revanche quelques années plus tard en 1966-1967. Dans le temps, les Canadiens étaient propriétaires de deux clubs juniors en Ontario, soit les Petes de Peterborough et les Canadiens junior. Laisse-moi te dire que me je me donnais ça quand j’affrontais ces deux équipes.»

C’est justement pendant cette saison que Clem est devenu un inconditionnel des Bruins de Boston. On ne peut pas le blâmer puisque les Flyers de Niagara Falls appartenaient aux Bruins.

Même que deux des coéquipiers de Clem chez les Flyers deviendront ensuite des acteurs importants de la période Big Bad Bruins, soit Derek Sanderson et Donald Marcotte.

C’est aussi avec l’organisation des Bruins que Clément Tremblay prendra part à ses trois camps d’entraînement professionnels en 1967, 1968 et 1969.

«Mon premier camp d’entraînement était spécial parce qu’il suivait la grosse transaction avec les Blackhawks de Chicago. Les Bruins avaient cédé à Chicago le défenseur Gilles Marotte et l’attaquant Hubert Martin. En retour, Boston avait reçu Phil Esposito, Ken Hodge et Fred Stanfield», se souvient-il.

«Pendant ce premier camp, mon compagnon de chambre était justement Fred Stanfield. C’était vraiment un très bon gars. Je me rappelle que j’avais souvent les yeux grands sur la glace. Laisse-moi te dire que les jambes me tremblaient souvent. Il y avait même des fois où j’avais le goût d’arrêter de patiner juste pour les regarder jouer», confie Clem avec un brin de nostalgie dans le ton.

Outre Esposito, Hodge et Stanfield, les Bruins comptaient aussi sur des joueurs de la trempe de Johnny Bucyk, John McKenzie, Tom Williams, Derek Sanderson, Ted Green, Eddie Shack, Ed Westfall, Dallas Smith, Wayne Cashman, Gerry Cheevers, Ed Johnston, Gary Doak, Don Awrey, Glen Sather, mais surtout le seul et unique Bobby Orr.

«Bobby Orr, c’est de loin le meilleur joueur contre qui j’ai joué. C’est d’ailleurs son équipe d’Oshawa qui nous avait battus en demi-finale de la coupe Memorial en 1966, alors que je jouais pour les Bruins de Shawinigan. Il n’avait que 17 ans et il était déjà le capitaine», m’a révélé Clem.

Pour la petite histoire, sachez que cette saison-là dans l’OHA, Bobby Orr avait terminé au troisième rang des pointeurs avec 94 points. Les autres membres du top-5 étaient André Lacroix (120 pts), le Néo-Brunswickois Danny Grant (96 pts), qui est décédé la semaine dernière, et Mickey Redmond (92 pts), tous trois des Petes de Peterborough, ainsi que Jacques Lemaire (93 pts) des Canadiens junior.

Je pourrais vous en raconter des tonnes au sujet de Clem tellement il est une mine d’anecdotes.

Sachez cependant que lui et ses coéquipiers des Bruins de Shawinigan, édition 1965-1966, seront honorés par l’organisation des Cataractes le mercredi 20 novembre au Centre Gervais Auto. Les Voltigeurs de Drummondville seront alors les visiteurs.

«Sur les 19 joueurs de l’équipe, seul le gardien réserviste Pierre Sigman est décédé. Et sur les 18 qui vivent encore, 12 ont confirmé qu’ils seraient présents, dont le gardien Philippe Myre que je n’ai pas vu depuis notre saison à Niagara Falls. Moi et Philippe avions été le seul à faire le saut dans l’OHA en 1966-1967.»

«Nous ne sommes plus jeunes et c’est peut-être la dernière fois que nous avons la chance de nous réunir. Et cette rencontre, nous la devons à Guy Chrétien, qui était le président des Bruins de Shawinigan dans le temps. Guy, qui est âgé aujourd’hui de 90 ans», ajoute celui qui a un aréna portant son nom dans son Chandler natal.

Lukas Cormier blessé

Dans le sport, le malheur frappe parfois très rapidement. Plusieurs athlètes peuvent d’ailleurs vous en raconter un brin là-dessus.

Prenons Lukas Cormier par exemple.

Il y a deux semaines, l’Acadien de Sainte-Marie-de-Kent a d’abord appris qu’il avait obtenu la cote B en vue du prochain repêchage de la Ligue nationale. Une cote B, grosso modo, ça veut dire que la Centrale de recrutement de la LNH te considère comme un éventuel choix de deuxième ou troisième ronde. Ce n’est pas rien.

La semaine dernière, Lukas apprend ensuite que les décideurs d’Équipe Canada junior l’ont à l’œil puisqu’il est invité à prendre part à la série Canada-Russie.

Lors du match qui suivra, soit mercredi, il obtient deux passes et sept tirs au but dans un revers de 3-2 en prolongation face aux Eagles du Cap-Breton.

Deux jours plus tard, vendredi donc, il fait encore mieux en enregistrant un but et deux mentions d’aide, en plus d’obtenir sept autres lancers vers le gardien adverse dans une victoire de 7-6 contre les Sea Dogs de Saint-Jean.

Enfin, samedi, il poursuit son carnage contre les Sea Dogs ont amassant trois passes lors des trois premiers buts des siens.

N’ayons pas peur des mots, Lukas jouait la semaine dernière comme un gars qui était bien plus proche d’une cote A que d’une cote C.

Il venait à peine de récolter sa troisième passe qu’un violent tir frappé l’atteint à un pied. Ayoye maman.

Non seulement le jeune arrière étoile des Islanders devra s’absenter pour au moins un mois, mais il doit également dire adieu à sa participation à la série Canada-Russie, qui aura lieu les 4 et 5 novembre à Saint-Jean et Moncton. Même si sa blessure ne nécessitera pas une opération, elle pourrait tout de même lui faire rater jusqu’à six semaines d’action.

N’en doutez pas une seconde, ce n’est pas sa sélection au sein de l’équipe d’étoiles de la dernière semaine qui va lui redonner le sourire.

Quoique, dans le cas de Lukas, il n’est pas le genre à faire la baboune. Bien au contraire. Mardi, il m’a même dit qu’il a décidé d’aborder les choses de façon positive.

«C’est la première fois que je me blesse sérieusement depuis que je joue au hockey et c’est certain que ça fait mal de manquer la série Canada-Russie, en plus d’une petite partie de la saison, m’a-t-il confié. J’essaye toutefois de penser positivement. Je vais faire tout ce que je peux pour revenir au jeu le plus tôt possible.»

Après 13 matchs, Lukas montre un dossier de quatre buts et 11 passes pour 15 points. Seuls Isaac Belliveau (2-16=18) de l’Océanic de Rimouski et Darien Kielb (5-12=16) des Remparts de Québec ont plus de points que lui. Lukas présente aussi un différentiel positif de +15, le troisième meilleur de la LHJMQ.

En passant, Lukas Cormier n’est pas le seul Acadien à soigner une blessure. C’est égalant le cas d’un autre bel espoir pour le prochain repêchage de la LNH, Nicolas Savoie des Remparts. Le Dieppois, qui est absent depuis le 4 octobre, soigne une blessure au ménisque du genou gauche. Son retour au jeu au prévu pendant la première semaine de novembre.