Un peu de vision SVP

Lorsqu’en 2015 la France a décidé de me remettre la Légion d’honneur au titre de mon travail en Francophonie, j’aurais pu choisir de la recevoir parmi les miens, à Saint-Pierre et Miquelon. J’avais même un oncle qui, lui-même officier de l’ordre, se portait volontaire pour me la remettre.

J’ai délibérément choisi que la cérémonie se déroule au Consulat général de France en Atlantique. Pour démontrer l’importance de cette représentation de la République française en Acadie. Pour montrer, surtout, que des îles Saint-Pierre et Miquelon à Moncton, il n’y a qu’un pas, ou plutôt un détroit, et que la double présence de la France dans l’Atlantique Nord vaut la peine d’être préservée et surtout enrichie.

Et voilà qu’on annonce que, d’ici 2022, cette superbe initiative du général de Gaulle fermera ses portes. Parce qu’il n’y a pas assez de «retour sur investissement». Permettez-moi d’ajouter aux colonnes strictement comptables, des colonnes négligées, mais essentielles.

La décision du général de créer le Consulat de France à Moncton était «un beau geste», né à la fois d’une reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’histoire de l’Acadie et d’une vision d’avenir: donner au peuple acadien la reconnaissance étatique qui lui manquait. Rien n’a changé.

Aujourd’hui, le président Macron se veut ardent défenseur de la Francophonie. Il a même fixé des sommes à investir dans la défense de la langue française et de son influence planétaire. Alors, pourquoi abandonner le peuple acadien?

La France, même si elle n’a pas de territoire dans le Grand Nord, veut se positionner au sein de la grande réflexion sur l’avenir de l’Arctique face aux changements climatiques. Alors pourquoi claquer la porte des provinces atlantiques dont le Labrador, faut-il le préciser, représente une partie non négligeable de l’Arctique?

Aux gestionnaires de la République j’aimerais offrir une suggestion: que la mission du Consulat de France à Moncton soit renforcée pour inclure le rayonnement de la France dans l’Atlantique Nord. Pour qu’en partenariat avec Saint-Pierre et Miquelon, il devienne la tête de pont de l’action de la France en Arctique, pour les océans et la lutte aux changements climatiques.

Le moment est grave pour la planète, partout on réclame concertation et action. L’heure est aux visionnaires, pas aux comptables.