L’insulte!

Comme la plupart d’entre vous, je me suis confortablement installé dans mon fauteuil, lundi soir dernier, pour suivre ce qui s’annonçait déjà comme une soirée électorale excitante. D’entrée de jeu, le Téléjournal Acadie nous annonce avec éclat que Radio-Canada débutera sa programmation une demi-heure avant la fermeture des bureaux de scrutin, laissant ainsi aux auditeurs des Maritimes près de deux heures de diffusion avant que les résultats du centre du pays ne viennent en quelque sorte finir notre soirée.

Grave erreur, car dès la première minute de diffusion, la dizaine de commentateurs, animateurs et experts sur le plateau montrent leurs vraies couleurs. D’abord ils sont tous du Québec, et sans exception, ils n’ont rien à foutre de l’élection dans les Provinces atlantiques. Sauf une ou deux interventions de correspondants régionaux, la couverture prendra une teinte fleurdelisée dans ce temps d’antenne qui aurait dû nous appartenir.

Michael Fortier, cet ancien ministre conservateur, ne peut cacher son dégoût pour Maxime Bernier et en appelle à sa défaite à toutes ses interventions. Gilles Duceppe trahit mal sa nervosité devant la candidature de son fils dans le comté de Lac-Saint-Jean. À l’annonce de son élection, on arrête tout pour diffuser en direct une conversation entre les Duceppe père et fils, qui s’échangent des «je t’aime» à la volée! Je me suis alors pris à rêver de dire publiquement à mon frère Daniel que je l’aime après sa décevante troisième position dans Acadie-Bathurst. Si j’avais voulu entendre des déclarations d’amour, c’est au canal V que je me serais rendu pour écouter Occupation double.

Pendant ce temps pas un mot sur le fait que le seul député conservateur de la Nouvelle-Écosse est Acadien, pas une mention que la moitié des candidats élus au Nouveau-Brunswick sont également francophones. Information non négligeable également, que de constater que sur les 25 députés des Provinces maritimes, sept sont des Acadiens. Aucun d’entre eux, sauf la ministre Petitpas, n’est interviewé pendant cette soirée.

L’élection historique d’une députée du Parti vert à Fredericton passe comme de l’eau sur le dos d’un canard. Cette nouvelle députée, dont le français pourrait même surprendre Denise Bombardier, aurait mérité une entrevue, je pense.

Bien non, nos commentateurs sont préoccupés par la débandade libérale qui n’a pas eu lieu ainsi que par le train bloquiste et son chef. En dehors de ce paradigme, aucun intérêt. En dépit de ce que l’on a entendu cette soirée-là, il faut rappeler que le Québec a fait élire plus de députés libéraux que les bloquistes et qu’à peine un tiers des votes sont allés à ceux-ci.

Comble de l’outrage, c’est quand le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, a fait une déclaration encore plus solennelle que l’appel du 18 juin 1940 de Charles de Gaulle. Il aurait au moins pu nous dire qu’il ne détient même pas la balance du pouvoir et qu’il s’agit de la troisième pire performance de l’histoire de son parti.

Encore une fois, c’est une gifle au visage que nous avons reçue de Radio-Canada. Et j’oubliais, tant qu’à faire le ménage, s’il vous plaît débarrassez-nous des Ex sur RDI. On n’en peut plus!