Hommage à Robert Pichette

La première fois que j’ai rencontré mon ami Robert, c’était pour jauger son intérêt pour un poste d’agent d’information auprès d’un ministère fédéral qui avait de la difficulté à recruter un communicateur expérimenté bilingue pour son bureau de Moncton. Il accepta ce défi.

Quelques années plus tard, il devint gestionnaire des communications d’Entreprises Cap Breton. Dans ce poste, Robert a dû défendre à plusieurs reprises des mauvaises décisions de ses collègues qui avaient approuvé des projets douteux. Il l’a fait avec aplomb, et ce, autant auprès des médias locaux que nationaux.

D’autres ont déjà fait état de son énorme contribution comme chef de cabinet du premier ministre Louis Robichaud, de son implication dans la rédaction et l’adoption de la première Loi sur les langues officielles, du rôle important qu’il a joué pour donner naissance au drapeau du Nouveau-Brunswick et à son emblème héraldique.

Mais il a aussi créé l’emblème héraldique de Roméo LeBlanc lorsque celui-ci est devenu gouverneur général du Canada, en plus d’écrire plusieurs de ses discours.

Peut-être sans le savoir, Robert a aussi joué un rôle important dans l’adoption de la nouvelle Loi sur les langues officielles par le gouvernement de Bernard Lord. Alors chef de cabinet de M. Lord, celui-ci me demanda d’organiser un souper-rencontre avec Robert, Frédéric Arseneau, le ministre Percy Mockler et d’autres intervenants de la communauté acadienne pour discuter du bien-fondé d’introduire et de faire adopter une telle loi. Robert indiqua au premier ministre Lord que si les anciens chefs de cabinet de Louis Robichaud et Richard Hatfield pouvaient être unanimes sur ce point, il devrait pouvoir convaincre son caucus d’aller de l’avant. En retournant à Fredericton, Monsieur Lord m’a confié avoir été convaincu ce soir-là d’aller de l’avant avec la nouvelle loi, même si elle ne faisait pas l’unanimité au sein de son caucus.

Je voudrais vous raconter une autre anecdote concernant la proclamation de la deuxième loi sur les Langues officielles. Une fois la Loi adoptée en chambre, il m’est venu l’idée d’inviter l’ancien premier ministre Robichaud à venir participer à sa proclamation à l’Assemblée législative. Robert a trouvé l’idée bonne et en a discuté avec son ancien patron. Celui-ci hésitait de se rendre à Fredericton en raison de sa santé fragile. À la suggestion de Robert, le premier ministre Lord s’empressa d’appeler Ti-Louis pour lui transmettre une invitation personnelle à venir participer à l’événement.

Ce qu’il fit. Il adressa même la parole aux élus du temps (en 2002) pour les féliciter, à partir de son ancien siège de premier ministre. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il vola la vedette à tous les élus ce jour-là et que le moment restera marqué dans la mémoire de toutes les personnes présentes à cet événement.

Quelques années auparavant, Robert m’avait proposé de souligner le 35e anniversaire du drapeau du Nouveau-Brunswick et d’inviter M. Robichaud pour lui rendre hommage à cette occasion.

M. Lord accepta et rendit hommage à son prédécesseur lors d’une cérémonie spéciale à Fredericton à laquelle furent invités, à la suggestion de Robert, les élèves des écoles élémentaires de la région pour qu’ils apprennent un important pan d’histoire de notre province.

Le premier ministre Lord a également demandé à Robert d’aider son gouvernement à créer et mettre sur pied l’Ordre du Nouveau-Brunswick, ce qui fut fait en décembre 2000.

Robert Pichette, autodidacte, fut l’un des plus grands défenseurs de notre université, un écrivain-historien prolifique pour la communauté acadienne, chroniqueur du Telegraph-Journal et du Globe and Mail, communicateur aguerri auprès de deux ministères fédéraux, sous-ministre adjoint du premier ministre et sous-ministre délégué aux affaires culturelles de la province, commissaire adjoint aux Langues officielles pour la région Atlantique, éditorialiste de L’Acadie Nouvelle et annonceur à Radio-Canada
Mais pour moi et pour plusieurs d’entre nous, il fut d’abord et avant tout un très bon ami et un conseiller qui va beaucoup nous manquer.

Bonne semaine à tous.