Halloween: les films d’horreur bons pour la santé

La semaine dernière, ma chronique santé hebdomadaire était pour les enfants. Dedans, je répondais à la question suivante: Comment protéger nos petits face aux dangers de l’Halloween? Mais cette célébration nocturne n’est pas réservée qu’aux jeunes. On le sait, les adultes aussi aiment se faire peur!

Pour cela, quoi de mieux qu’un bon film d’horreur sur son canapé. Netflix l’a bien compris, son catalogue en est plein. Jeudi, vous aurez donc l’embarras du choix pour enchaîner les visionnages durant toute la soirée. Mais au fait, est-ce tout à fait normal d’apprécier à ce point les sueurs froides? Une part non négligeable de la population est-elle complètement maso?

Pas du tout, l’explication est biologique. Et c’est dans notre cerveau que tout se joue. Explications avec la chercheuse Marie-France Marin, du département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal.

Dans une entrevue donnée à Jean-Benoit Legault de la Presse canadienne, elle explique comment peur et jouissance sont très liées. La faute à notre cerveau primitif qui entre en jeu lors de ces moments-là.

«Au fil du temps, et surtout de l’évolution, notre cerveau a appris à consacrer toute son attention au danger auquel il fait face s’il veut survivre. À une certaine époque, c’était le tigre aux dents de sabre qui venait d’apparaître à quelques mètres de là; aujourd’hui, ce sont Jason et sa machette dégoulinante de sang (de la saga Friday the 13th).»

«Les émotions comme la peur et les réponses physiologiques comme le stress nous ont toujours servis, ajoute-t-elle. Dans le fond, ça a permis à nos ancêtres de survivre assez longtemps aux menaces pour avoir la chance de passer leurs gènes à la génération suivante. Puisque ces caractéristiques-là ont si bien servi la survie de l’espèce, ça a été conservé de génération en génération», révèle la scientifique.
Freddy Krueger, Chucky ou encore Michael Myers remercient nos ancêtres d’avoir fait de nous des êtres si courageux!

Sauf que résister aux films d’horreur n’est pas qu’un acte de courage. Pour beaucoup, c’est aussi une bonne partie de plaisir… devant des scènes épouvantables. En témoigne le succès des films d’horreur qui font salle comble à leur sortie.

La franchise Saw (Décadence), compte par exemple huit titres. Et un neuvième est prévu pour l’année 2020. Leurs recettes mondiales dans les cinémas avoisinent le milliard de dollars américains depuis le premier opus sorti en 2004.

Pourtant, dans cette série, le bourreau Jigsaw (le tueur au Puzzle) oblige ses victimes à commettre des actes insoutenables pour tenter de rester en vie.

Dégoûtant? Pantoute, la foule en redemande! Pire, ça semble même faire du bien aux gens. Mais là encore, rien de malsain. C’est une nouvelle fois dans le corps que tout se passe.

«Dans un film d’horreur, c’est vraiment rare que les gens vont faire autre chose en même temps, explique la Pre Marie-France Marin. On est complètement absorbés par l’action. Jusqu’à un certain point, tu perds un peu la notion de je suis où, quelle heure il est, quel jour nous sommes, et ça ça fait du bien de temps en temps au cerveau», avoue-t-elle.

Cette hypervigilance fait qu’il est quasiment impossible de regarder un film d’horreur de manière distraite, observe Mme Marin.

«Notre cerveau ne nous laissera pas divaguer, aller ailleurs, réfléchir à cette rencontre avec notre patron demain ou planifier l’épicerie du week-end. Elle permet à plusieurs d’entre nous de décrocher complètement, d’éviter la rumination des derniers jours ou l’anticipation des prochains, d’où l’intérêt qu’ils y trouvent.»

Biologiquement, l’hypervigilance se caractérise par une adrénaline qui coule à flots, le cœur qui bat à tout rompre et tous nos sens qui sont augmentés pour assurer notre survie. Cet ensemble de symptômes constitutifs de «l’éveil physiologique» peut être très plaisant à explorer en toute sécurité. C’est-à-dire en étant confortablement assis dans son sofa, conscient que la menace n’est pas réelle et que l’on peut mettre un terme à la situation, en fermant les yeux.

Notre cerveau est un malin courageux… mais pas téméraire!

«Il y a aussi des endorphines parce qu’une fois que c’est terminé (…), on se sent mieux, des endorphines sont libérées et les endorphines on le sait, on les appelle les hormones du plaisir, donc ça peut devenir addictif. On peut avoir le goût de retourner et de vivre cette émotion-là», », conclut la Pre Marin. Ah, le corps humain est si bien fait…

Sur ces mots, on vous souhaite un bon visionnage et faites-vous peur jeudi soir. C’est bon pour la santé.

Allez-y juste mollo sur les pop-corns, boissons gazeuses et bonbons!