Rien ne change

Il n’y a rien de plus triste que de constater que des problèmes, révélés il y a plus d’un quart de siècle, perdurent. Journaliste, il y a 27 ans, j’ai été le témoin à Davis Inlet et à Sheshashiu, au Labrador, de l’enfance ravagée du peuple innu. À l’époque, les vapeurs de gazoline servaient d’échappatoire, aujourd’hui c’est le suicide. Les cas se succèdent en ce moment à Sheshatsiu sans que personne n’y puisse rien, surtout pas nos élus, dont les mots vides de sens font honte.

Je pourrais aujourd’hui dire à peu de chose près, ce que je disais en octobre 1992: que «dans un pays comme le Canada, où, selon les Nations Unies, il fait bon vivre, Sheshastsiu fait mal». Ce qui fait mal, franchement, c’est de voir que les efforts de tant de leaders innus et les millions de dollars investis n’y font rien. Et, bien malheureusement, que tout ce qu’on daignera y ajouter n’y fera sans doute rien non plus.

Des efforts ont été faits! Il existe à Sheshatsiu, un centre médical, mené par les Innus, ouvert jour et nuit pour répondre au désespoir des citoyens. C’était le rêve de la communauté de pouvoir se prendre en mains et de soigner les siens. Et pourtant! Rien n’a changé. Je suppose que les responsables habituels vont être pointés du doigt: les gouvernements provincial et fédéral, les services de santé, les élus innus (dont en dira à voix basse qu’ils n’ont pas fait leur travail).

Pour ma part, je crois que le problème est plus profond: les jeunes Innus sont à la dérive, à la fois parce que le monde qui les entoure ne semble plus avoir aucun sens et parce qu’ils n’y voient aucun avenir, ni pour eux ni pour l’humanité. Mais aussi – et surtout! – je les crois désespérés parce qu’ils sentent qu’ils n’ont plus leur place dans leur culture, leurs communautés, leur héritage et qu’on ne veut pas d’eux, non plus, dans la société canadienne plus large.

Il y a là une terrible leçon pour nous tous et toutes qui sommes issus d’une communauté dite minoritaire.