Deux novembre, «le jour des Morts». C’est ainsi qu’on le désigne encore aujourd’hui. Il donne le ton à tout le mois naissant, associé à la grisaille, la pénombre et l’attente de la blancheur. Pour novembre, on peut aisément changer le dicton et dire que le deux fait le mois.

Aujourd’hui, c’est jour de commémoration. La fête était hier avec la Toussaint, la Pâques d’automne! La grande célébration avec tous ceux et celles qui ont fait le passage de l’autre côté et qui, malgré l’absence, nous demeurent présents.

La fête de Toussaint ne se termine pas à minuit le soir du 1er novembre. Elle est comme Noël qui se poursuit après le 25 décembre: les lumières continuent d’éclairer les jours qui suivent et les saveurs continuent d’enchanter les palais. Je crois que la lumière de la Toussaint éclaire le deux novembre, comme la lumière des saints transfigure les défunts de nos familles et les fait resplendir comme des justes à nos yeux.

Il n’y a pas que ceux et celles qui sont canonisés par l’Église qui peuvent nous illuminer de l’intérieur. Il y a aussi les autres, par milliers, partis avant nous, par en avant. Même s’ils nous semblent loin, ils nous demeurent si proches. Aujourd’hui, nous portons la mémoire de leurs gestes et de leurs voix, de leurs visages et de leurs bontés.

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Face à la mort, j’ai si peu de certitudes. En revanche, une si belle espérance: celle de croire que de l’autre côté, il y a une autre vie. Je ne sais pas comment cela se passe, mais je crois qu’au moment de notre mort, nous sommes accueillis par Dieu. Et en même temps, par tous ceux et celles qui sont en lui. Ainsi, dès ici-bas, vivre en présence des morts-vivants par la force de forts liens amoureux, c’est une manière de me préparer à la vie d’éternité.

Il y a des liens précieux qui se poursuivent même lorsque nous sommes séparés de certains. La force de la vie partagée, le réconfort de l’amitié vécue, la profondeur des conversations prolongent d’intimes présences qui donnent courage et espérance. Ce jour des défunts est une occasion de rappeler la présence de ces êtres chers qui marchent à mes côtés. Ils sont si collés à moi qu’ils épaulent ma liberté pour un amour vrai et sincère.

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En ces premiers jours de novembre, de nombreuses communautés chrétiennes (mais aussi des foyers de soins, des institutions de santé et des résidences communautaires) vont rappeler la mémoire de leurs membres décédés au cours de la dernière année. Pour moi, cela représente une étape importante du deuil. C’est l’occasion d’une prière différente que celle qui suit la mort.

Au moment de la mort, la séparation nous fait mal. Notre peine (parfois notre désarroi) prend une grande place. Lors des funérailles, la prière est souvent tournée vers nous-mêmes: que nous ayons le courage d’avancer coûte que coûte et de poursuivre ce qui était précieux pour l’autre.

Après quelques semaines (ou mois) d’une mort qui nous a amputés d’une part de nous-mêmes, la prière est orientée différemment. Certainement, nous continuons à prier pour nous-mêmes afin d’apprivoiser le nouveau mode de présence de la personne qui nous a quittés. Mais libérés de la souffrance vive du départ et de notre peine, nous pouvons lever les yeux et prier davantage pour l’être aimé qui a rejoint l’autre rive.

Par la prière, nous sommes en communion les unes avec les autres. Or, cette solidarité entre les membres du corps du Christ n’est pas abolie par la mort. Par la prière, nous sommes unis à l’Église du ciel. La formule traditionnelle nous donne les mots justes pour la prière du deux novembre: que les âmes des fidèles défunts reposent en paix, par la miséricorde de Dieu.