Les chefs des partis fédéraux doivent changer ou partir

La campagne électorale qui vient de prendre fin passera probablement à l’histoire comme la plus négative et la moins informative pour les électeurs ayant de la difficulté à se faire un choix.

Parmi les analyses que nous avons pu lire ou entendre à la suite des éléctions du 21 octobre, il semble y avoir une observation qui revient constamment: les chefs des partis fédéraux doivent changer leur approche à la politique s’ils veulent pouvoir un jour former un gouvernement majoritaire.

Tout d’abord, le chef du PCC, Andrew Scheer qui, le lendemain de l’élection, tenait des propos déplacés envers le premier ministre élu qui, après tout, est le choix des électeurs canadiens dans toutes les régions du pays sauf dans l’Ouest canadien.

M. Scheer ne deviendra jamais premier ministre s’il n’apprend pas à accepter avec humilité le choix des électeurs, d’un océan à l’autre.

S’il veut gagner le cœur et le vote des Canadiens et des Canadiennes, il devra aussi tenir un discours plus au centre, inclure des mesures sociales et proposer des solutions concrètes afin de contrer les changements climatiques.

En fait, ce sont toutes des politiques approuvées par les militants de son parti lors de leurs congrès d’orientation. Pourquoi refuser d’en parler durant la campagne électorale?

À l’opposé de lui, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, dit avoir accepté le choix des électeurs et qu’il fera mieux la prochaine fois. Toutefois, il devrait se rendre compte que la majorité des Canadiens et des Canadiennes, et pas seulement au Québec, ont rejeté l’image qu’il projette. Il eut beau gagner les débats, son image de marque ressemble beaucoup plus à celle d’un leader religieux sikh qu’à celle d’un leader politique moderne qui veut se faire accepter par la majorité des électeurs canadiens.

Son opposition à la loi 21 sur la laïcité, approuvée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec, n’a pas aidé sa cause non plus et a contribué à lui faire perdre presque tous ses sièges dans la Belle Province.

Pour le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, son message anti-immigration, anti-gestion de l’approvisionnement, et à peu près anti tout ce que peut faire le gouvernement pour aider les gens, ne passe tout simplement pas. Il n’a pas été élu et son parti disparaîtra probablement d’ici les prochaines élections.

Enfin, le discours après-élection de Justin Trudeau est cent fois mieux que celui qu’il tenait quelques jours auparavant.

Durant la campagne, son ton accusateur envers ses adversaires et ses critiques constantes de l’industrie pétrolière et des premiers ministres provinciaux, lui ont fait du tort dans plusieurs dizaines de sièges de l’Ouest canadien, du Nouveau-Brunswick et du Québec.

S’il veut reprendre les sièges perdus et élire à nouveau un gouvernement majoritaire, il devra lui aussi changer son fusil d’épaule et mettre de l’eau dans son vin sur les questions énergétiques, la loi 21 au Québec et les autres mesures préconisées par les gouvernements provinciaux.

Ses propos depuis le soir des élections sont dans la bonne direction. Il réussira probablement à gouverner pendant au moins deux ans et peut-être même plus en adoptant les mesures les plus populaires auprès des Canadiens et Canadiennes.

Enfin, comment ne pas souligner la surprenante victoire de la candidate du Parti vert dans Fredericton, Jenica Atwin, avec plus de 1000 votes de majorité. Ce fut une belle victoire pour cette jeune femme qui a fait beaucoup de travail de terrain et qui semblait dire toutes les bonnes choses pendant la campagne (et qui continue de le faire depuis son élection).

Une petite incursion dans Fredericton une semaine avant le vote, m’a permis de déceler l’appui important qu’elle avait sur le terrain.

À mon avis, elle ferait une bien meilleure chef qu’Elizabeth May qui, après cinq élections à la direction du Parti vert, n’a pas réussi à faire élire plus de trois députés.

Elle devrait passer à autre chose et laisser la nouvelle génération prendre le contrôle de son parti.

Bonne semaine à tous.