Santé: le sport est bon… avec modération!

Du sport à s’en rendre malade. Trop c’est trop. C’est la conclusion étonnante d’une étude menée par des chercheurs français, en collaboration avec l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP) et l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Alors qu’on nous répète inlassablement que le sport est bon pour la santé, ces travaux révèlent qu’un entraînement physique (trop) intense peut nuire aux capacités cérébrales. En particulier celles associées au contrôle cognitif pourtant si important pour réaliser de grandes performances sportives. On conseille à nos champions acadiens de lire les lignes qui suivent.

Publiée dans la revue américaine Current Biology, cette recherche revient sur l’expérience menée par l’équipe de Mathias Pessiglione, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Comme point de départ, ces scientifiques souhaitaient trouver les origines d’un syndrome fréquent chez les sportifs professionnels, appelé «syndrome de surentraînement». Il se caractérise par une diminution des résultats sportifs et une sensation de fatigue intense.

Un athlète frappé par ce syndrome peut être tenté par des produits dopants afin de retrouver ses performances passées, ce qui explique l’attrait de l’AFLD pour ce projet d’étude.

L’hypothèse principale des chercheurs était la suivante: la fatigue déclenchée par un surentraînement sportif serait proche de celle provoquée par un effort intellectuel. Elle serait liée à des mécanismes cérébraux identiques.

Pour rappel, il y a peu, une autre étude avait déjà montré que la fatigue intellectuelle affecte le contrôle cognitif et donne lieu à des prises de décision impulsives.

Pour essayer cette idée… mais dans le domaine de sport, l’équipe a collaboré durant neuf semaines avec 37 triathloniens séparés en deux groupes. Le premier a suivi un entraînement «normal» de haut niveau, alors que le deuxième a été soumis à une surcharge d’entraînement au cours des trois dernières semaines de l’expérience. En moyenne, les séances d’entraînement étaient 40% plus longues pour les sportifs du second groupe.

Chaque participant a été suivi au sein de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) au niveau comportemental et via la réalisation d’IRM fonctionnelles.

Et le constat redouté s’est confirmé. Les chercheurs ont en effet révélé des similitudes entre un entraînement sportif trop intensif et un travail intellectuel excessif. Cet excès d’activité sportive provoquerait une diminution de l’activité du cortex préfrontal latéral, une région essentielle pour le contrôle cognitif. En cela, la réaction observée lors de cette étude est similaire à celle déjà connue lors d’un effort intellectuel.

Sportif et intello, même combat!

Malheureusement, cette diminution de l’activité cérébrale n’est anodine pour aucune de deux catégories puisqu’elle se traduirait par des décisions impulsives, favorisant les récompenses à court terme plutôt que les objectifs à long terme. Une tendance très préjudiciable pour nos champions.

Ainsi, dans le cas d’un athlète de haut niveau, cette impulsivité peut se traduire par la décision de s’arrêter en pleine performance ou de laisser tomber une course pour faire cesser la douleur ressentie pendant l’effort.

Au-delà de ces athlètes de haut niveau, les chercheurs estiment que, sur le plan clinique, la fatigue et la réduction du contrôle cognitif pourraient constituer une première étape dans le développement d’un syndrome d’épuisement professionnel («burn-out»), qui touche de nombreuses personnes dans toutes sortes de milieux au travail.

Les conclusions de ces travaux pourraient donc largement dépasser le monde sportif! Ces scientifiques devront désormais trouver et expérimenter des interventions pour éviter l’installation de ce syndrome proprement dit, c’est-à-dire l’épuisement complet de la personne.

Si on s’en tient au sport, on espère pour nos athlètes canadiens qu’un remède sera trouvé avant les Jeux olympiques d’été de 2020, à Tokyo. Record à battre pour notre délégation canadienne: 22 médailles. Bonne chance!