Moncton et ses laissés-pour-compte

Le développement d’une ville comme Moncton amène son lot d’avantages et d’inconvénients. Gérer la croissance d’une municipalité est fort enthousiasmant alors que les défis de la prostitution sur la place publique et de l’itinérance le sont moins.

Au cours des années, les maisons closes de la rue St. George ont été fermées les unes après les autres. La prostitution s’est déplacée tout naturellement dans la rue puisqu’aucune mesure ne semble avoir été prise pour anticiper et gérer ce phénomène. Les opérations policières pour mettre fin à ces activités ne portent pas leurs fruits. L’approche répressive a ses limites, car la prostitution est une pratique vieille comme le monde qui demande de l’empathie.

La Ville de Moncton a décidé d’expulser en septembre les itinérants qui campaient littéralement près de la rue Albert. Le projet était de les relocaliser dans le futur refuge que la Maison Nazareth est en train d’aménager. Pour différentes raisons plus ou moins bonnes, le refuge de la rue Albert ne peut encore accueillir les sans-abris. Plusieurs d’entre eux ont choisi de déménager leurs tentes sur un terrain vacant au coin des rues High et Park pour y être à nouveau évincés.

Tout ce secteur du centre-ville qui avoisine le parc Victoria est maintenant arpenté par des laissés-pour-compte qui devront bientôt affronter les rigueurs de l’hiver. Les habitants de ce quartier habituellement tranquille doivent maintenant composer avec des itinérants qui poussent leurs chariots d’épicerie avec leurs effets personnels et des prostitués à la recherche de clients.

Il est grand temps que les autorités de la Ville de Moncton prennent les choses en mains. Une cellule de crise devrait être formée afin de trouver dans un premier temps des solutions temporaires pour faire face à cette situation déplorable. Il ne s’agit pas ici de pousser sous le tapis ou d’apposer un gros diachylon à ce problème de société.

Il faudra trouver des réponses permanentes avec une équipe comprenant notamment des travailleurs sociaux, des psychologues, des spécialistes de la santé et des policiers. La province devra au besoin aider la municipalité à prendre les mesures nécessaires pour gérer le problème de l’itinérance à Moncton avant qu’il ne devienne encore plus aigu.

L’adoption de politiques publiques pour résoudre un problème passe tout abord par l’identification et la reconnaissance de celui-ci. Les solutions mises en place sont liées à la définition du problème. S’agit-il une question de sécurité publique ou de comportement relevant de la pauvreté et de la dépendance aux drogues. Pour le moment l’approche de la répression est privilégiée et celle de la prévention est négligée. Pour obtenir des résultats, il faut habituellement agir sur tous les fronts.

La revitalisation de la rue St. George envisagée par la Ville de Moncton devra mettre en valeur l’immense potentiel de cette rue qui compte déjà un centre culturel, des galeries d’arts, des restaurants et des bars. Toutefois, la prostitution et l’itinérance doivent également être au cœur des préoccupations et des mesures prises par nos élus municipaux.