Chez nous

La semaine de l’immigration se termine, un bon moment pour y réfléchir donc. Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas (parce qu’ils viennent tout juste d’immigrer, par exemple!), je suis un produit de l’immigration: je suis arrivée au Canada en 1973, à Halifax d’abord, avant de m’installer à Saint-Jean de Terre-Neuve et de me lancer corps et âme dans la francophonie canadienne et dans l’Acadie de mes ancêtres.

D’entrée de jeu, on peut donc conclure que j’ai un a priori positif envers les politiques d’immigration au pays. Mais, à dire vrai, qu’a-t-on de négatif à dire sur l’immigration? Et pourquoi, les mouvements populistes les plus conservateurs agitent-ils toujours le spectre de l’immigration comme une menace sur nos sociétés?

D’abord, il est simpliste, mais utile, de répéter que tous les Canadiens et Canadiennes, mis à part les Premières Nations qui, comme leur nom l’indique, étaient là les premiers, sont issus, comme moi, de l’immigration. Leurs parents, grands-parents ou ancêtres sont arrivés un jour de je ne sais où. Ils ont peut-être débarqué au Quai 21, à Halifax. Aujourd’hui, ce quai abrite le Musée canadien de l’immigration dont je recommande fortement la visite.

Ensuite, le mythe de l’immigrant qui «prend les emplois des Canadiens et Canadiennes», c’est un épouvantail. Toutes les études le prouvent, un immigrant crée de la richesse et, le plus souvent, des emplois: parlez-en aux habitants d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, où les Hadad, Syriens d’origine, emploient des dizaines de personnes dans leur chocolaterie. Ou encore allez à Portugal Cove, à Terre-Neuve, où un fermier bio a confié un lopin de terre à deux réfugiés (Syriens, eux aussi) et a vu ses ventes exploser au marché fermier. Regardez autour de vous, où que vous viviez, et vous trouverez des exemples semblables.

Alors, si nous sommes tous issus de l’immigration et si les nouveaux arrivants enrichissent notre économie et nos sociétés, pourquoi cette recrudescence des commentaires insultants et racistes, ces «retournez donc chez vous!» lancés à tout va, sur la rue ou dans les réseaux sociaux? Par peur de l’autre, de l’inconnu, de la différence, par ignorance aussi. En tous les cas, ces mots sont indignes de notre pays et de mon «chez-moi».