L’impasse

Pour plusieurs d’entre vous, les noms de Paul Mazerolle et de Jean-Paul Boudreau ne vous disent probablement rien. Sachez que le premier est recteur de l’Université du Nouveau-Brunswick et le second occupe le même poste à l’Université Mount Allison.

M. Mazerolle est natif de la région de Fredericton et d’origine acadienne, tandis que le docteur Boudreau est, comme sa biographie l’indique «un fier Acadien» de langue maternelle française, originaire des régions Chaleur et Restigouche.

Dans les universités qui les ont embauchés, on les a recrutés après que ceux-ci, tous deux gradués de la province aient poursuivi leur carrière ailleurs dans le monde. Ils se sentaient alors prêts à revenir au Nouveau-Brunswick pour contribuer à l’avancement de leur province natale.

À l’Université de Moncton, c’est tout le contraire. On n’arrive pas à se sortir d’un processus où un seul candidat totalement étranger à notre région est encore en lice. Sans remettre en question la compétence de celui-ci, ne serait-il pas légitime de vouloir considérer des candidats plus connectés à la réalité acadienne? Pas d’Acadiens, pas de femmes… quelque chose ne fonctionne pas dans ce processus et ce n’est pas la première fois que cela se produit. C’est comme si il y avait un repoussoir d’Acadien dans la façon que l’on recrute nos recteurs!

Depuis sa fondation en 1963, l’Université de Moncton a remis plus de 53 900 diplômes, et si l’on ajoute a cette liste les institutions mères que furent les collèges classiques de la province, on observe sans trop d’efforts que l’on a produit des premiers ministres provinciaux, un gouverneur général, un prix Goncourt, un juge à la Cour suprême, sans compter des sommités de tout acabit dans les sphères de l’administration publique, de la recherche scientifique, de l’enseignement universitaire reconnues à travers le monde et j’en passe…. Nous avons en Acadie de la graine de recteur, le système ne nous permet tout simplement pas de les attirer!

Alors qu’il faut moins d’une semaine, pour élire un nouveau pape, et que le premier ministre de la Grande-Bretagne fut choisi en une soirée, nous nous encombrons d’un processus de sélection archaïque et totalement dysfonctionnel.

D’abord il faut l’appui du syndicat des professeurs, celui des concierges et autres employés, le soutien du sénat académique, des associations étudiantes, des anciens, et des cadres. Les candidats finalistes doivent parader devant des classes d’étudiants un peu comme si un directeur d’école serait choisi par les élèves.

Le système est si fastidieux qu’il peut décourager à lui seul les meilleures candidatures. L’exercice défavorise d’entrée de jeu les candidats locaux, car ceux-ci sont plus exposés à des critiques sur leur passé que des étrangers dont on connaît que très peu le cheminement.

Le fait qu’une personne comme Bernard Richard n’ait pu se qualifier quelques années passées pour postuler a cette fonction a privé la province et la communauté acadienne d’un candidat de grand talent. Il ne faut pas un génie également pour comprendre que la fuite de la liste des candidats lors de l’exercice de 2018, n’avait qu’un but, éliminer des candidats potentiels que quelqu’un ne voulait pas. Signe d’immaturité collective ou victime d’un processus désuet. Que doit-on faire pour se sortir de cette impasse?