Vers un dégel des relations entre le Canada et la Chine?

Faut-il y voir un dégel dans les relations entre le Canada et la Chine? Celle-ci annonçait, mardi, qu’elle réouvrait son marché au porc et au bœuf canadiens. La Chine avait interdit les expéditions de porc et de bœuf canadiens à la fin juin, les autorités chinoises citant alors des certificats d’exportation falsifiés pour justifier cette mesure.

Pékin affirme aujourd’hui avoir tenu compte du fait que récemment, le Canada a proposé un plan d’action comme mesure corrective pour l’émission des certificats d’exportation.

«Après l’avoir examiné, dit-il, nous croyons que ce plan répondra à nos exigences en matière de sécurité et nous accepterons les certificats de santé vétérinaire pour les produits carnés exportés vers la Chine délivrés par les autorités canadiennes.»

Une victoire pour Justin Trudeau?

En début d’après-midi, mardi, le premier ministre Justin Trudeau saluait le geste de Pékin sur son compte twitter. «Bonne nouvelle pour les agriculteurs canadiens aujourd’hui: les exportations canadiennes de porc et de bœuf vers la Chine reprendront». Pour cela, M. Trudeau remercie l’industrie canadienne de la viande et son nouvel ambassadeur en Chine, Dominic Barton, réputé pour ses solides liens d’affaires dans l’«Empire du Milieu».

Depuis juin, Ottawa exigeait vainement de la Chine la levée de l’interdiction qu’il jugeait arbitraire sur certains produits canadiens, de sorte que l’heureuse annonce de Pékin cette semaine a vite pris l’allure d’une alléchante victoire pour le premier ministre fraîchement réélu Justin Trudeau. Certes, si elle était respectée, cette mesure partielle soulagerait les agriculteurs et les entreprises canadiens qui ont été sévèrement frappés par les tensions entre la Chine et le Canada.

Mais d’importantes questions demeurent. Cet accord marquerait-il le début de la fin des frictions entre le Canada et la Chine? S’agirait-il d’une étape, bien que petite, vers la redéfinition des relations entre les deux pays en vue d’une meilleure coopération entre eux? Malheureusement, les réponses à ces deux questions sont négatives.

Comment comprendre le revirement de Pékin?

La vérité est que la décision de Pékin de rouvrir partiellement les marchés chinois à certains des produits canadiens a davantage à voir avec son besoin désespéré de porc après que la grippe porcine africaine eût récemment sérieusement affecté les consommateurs et éleveurs chinois. La levée de l’interdiction sur certains des produits canadiens ne marque, pour ainsi dire, même pas le début de la fin des frictions entre le Canada et la Chine.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que les producteurs de canola canadiens sont toujours coincés au milieu des tensions entre la Chine et le Canada. Or, en 2018, le canola était la principale exportation du Canada vers la Chine. Statistique Canada fait état d’exportations qui ont dépassé 2,78 milliards $ cette année-là.

De même, deux Canadiens – l’ancien diplomate Michael Kovrig et l’entrepreneur Michael Spavor – sont toujours incarcérés en Chine dans ce qui est largement considéré comme des représailles du gouvernement chinois, à la suite de l’arrestation à Vancouver fin 2018 à la demande des États-Unis de Mme Meng Wanzhou, chef de la direction financière de la compagnie des télécommunications chinoise Huawei.

Le contexte est-il quand même propice au dialogue?

Certes, le contexte de l’annonce chinoise peut être source d’optimisme. Elle intervient au moment même où le président Xi Jinping recevait en grande pompe à Pékin son homologue français Emmanuel Macron. À cette occasion, M. Xi a vanté la vertu de la coopération pour résoudre les différends mondiaux. De fait, les États-Unis et la Chine ont annoncé récemment qu’ils étaient «sur le point de finaliser» un accord commercial partiel dans le cadre d’une première phase de leurs négociations commerciales.

Cet optimisme est cependant vite infléchi lorsqu’on sait la culture plusieurs fois millénaire de la Chine a souvent interdit à ses dirigeants de perdre la face sur la scène internationale. En vertu de cette tradition, la Chine tend aussi à ne pas considérer ses émissaires à l’étranger comme des diplomates – ou ses figures emblématiques, comme Mme Meng, comme de simples ressortissants – mais plutôt comme des «Envoyés célestes». Il serait donc remarquable si Pékin abandonnait soudainement ses revendications vis-à-vis du Canada, voire des États-Unis.