‘Nez nous wouère!

Félicitations à Edmundston pour sa belle grosse tempête de neige d’hier! Depuis le temps que le maire Cyrille nous répète qu’il est contre le réchauffement climatique, vlà enfin un résultat positif!

J’espère que la ville va battre un record de neige, car Edmundston a toujours aimé battre des records. Selon une source incroyable, c’est même la ville qui détient le record mondial des villes qui battent des records!

Par exemple, c’est à Edmundston que le monde est le plus hospitalier au monde. Pas un beau record, ça?

À Edmundston, la neige c’est de l’or en barre, vu que c’est une ville forte de nature… sportive. Du ski, du skidoo, du ski de fond, du VTT, de la raquette, de la chasse, de la pêche, du bécyk, du kayak, du cross-machin dans la vase, de la natation, du tir à l’arc, sans compter les vieux sports comme le hockey, le baseball, le badminton, le soccer, et tous les autres sports où que’qu’un court après que’qchose sans raison.

Il y a même du golf pour les sportifs paresseux!

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Heureusement, pour célébrer cette tempête, les écoles de la ville étaient fermées. J’imaginais les enfants jouant dehors, faisant des bonhommes, des igloos, des tunnels, ou se livrant à des combats de boules de neige… et rentrant dans la maison au bout d’une minute pour se lâcher lousse sur leurs tablettes et autres gadgets numériques afin d’apprendre les règles de l’accord du participe passé avec le verbe avoir, LE gros sujet de discussion de la Francofunny ces temps-ci.

Parce qu’Edmundston est aussi une ville hautement z’intellectuelle. Y a même un Édupôle, toé! Un Édupôle, pour ceux qui l’ignorent, c’est un espace réservé aux lieux de formation pédagogique, quand ils sont ouverts, comme la polyvalente, le collège communautaire, le centre universitaire, le musée historique, le centre sportif, l’aréna, la piscine. Au centre s’étend un grand anneau d’athlétisme, et au centre du centre, un terrain de soccer.

Enfin, dans l’enceinte de l’Édupôle, des parkings à gogo pour les VUS, la fierté locale.

Pis Edmundston s’y connaît en fierté! Pendant des années la devise de la ville était Capite Alto. Oui, tous les Brayons parlaient latin autrefois et les églises étaient pleines à craquer le dimanche. Pis on en profitait pour repasser nos déclinaisons latines sur le perron de l’église après la messe!

Allez, tous en chœur: rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa!

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Capite Alto, en français, ça signifie la «tête haute». C’est pour ça que le monde d’Edmundston à l’époque marchait la tête drette comme un clocher de cathédrale. C’était la loi. On avait mal au cou, les chiros roulaient sur l’or, pis l’eau de Pâques se vendait au gallon.

Malheureusement, comme le pot était illégal, on pouvait pas en fumer pour cause médicale contre le mal de cou; et celui qu’on était obligé de fumer en cachette ne faisait pas le même effet sur le cou, vu que l’effet médicamenteux du pot est causé par la probité de celui qui le vend.

Bref, quand c’est la pharmacie qui en vend, et quand le gouvernement l’autorise, là, ça t’a betôt réglé un mal de cou. Mais du pot de pousheur qui a fui l’Édupôle pour se faire une piasse sans participe passé, ça te fait tordre le cou pour voir les éléphants roses qui voltigent autour de toi quand t’essaie de développer ton wrap au poulet chez Tim Horton. Pas le même buzz pantoute!

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Je vous parle d’Edmundston parce que c’est la première chose que j’ai vue en ouvrant la télé mardi matin. Pas encore le maire Cyrille qui court après les immigrants!, me suis-je écrié, la glotte au vent.

Mais non, on parlait de la tempête de neige. Et ça prend des calamités météo pour attirer l’attention des médias sur les petits coins enchanteurs comme Edmundston, sinon le monde oublierait que le monde ne se résume pas aux grandes capitales du monde.

Quoi qu’Edmundston fut longtemps une capitale internationale aussi, du temps de la République du Madawaska qui attirait moult touristes en quête d’exotisme aussi légendaire qu’identitaire. Mais la République a été abolie en faveur de la vieille monarchie britannique. C’est Lord Durham qui doit être content dans sa tombe! Je l’entends ricaner d’ici.

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Toutefois, cela ne signifie pas qu’Edmundston ne voit pas grand. Que nenni! À preuve, le maire Cyrille ne rate jamais une occasion d’inviter les immigrants du Québec à venir s’installer à Edmundston, relançant la tradition hospitalière républicaine qui fit la renommée de la région!

C’est même à cause de cette hospitalité légendaire qu’Edmundston a pu se vanter d’avoir six peuples fondateurs. Ok, pas toujours les mêmes six peuples, mais toujours six! Et chaque année, une grosse foire célébrait cette particularité régionale unique au Canada.

On ne sait plus trop ni pourquoi ni comment, mais toujours est-il qu’un jour on s’est aperçu que c’était passé de mode. Y avait du monde qui trouvait ça colon, qui trouvait que ça faisait coti, ces histoires de peuples fondateurs. Fini les Chevaliers de la République, fini les six étoiles, fini le party! Pis fini les bas blancs!

Ce qui n’empêche pas l’intrépide maire Cyrille de continuer à chercher d’autres peuples fondateurs.

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Le fait qu’il lance généralement ses invitations quand le Québec tente d’affirmer son caractère distinct peut être énervant, car on sent que c’est comme si le maire brandissait une bien-pensance opportuniste pour marquer des points inutiles contre un faux adversaire qui est justement l’un des présumés six peuples fondateurs locaux.

Mais malgré sa méthode non orthodoxe, force est de constater que le maire agit en fonction des intérêts de sa région, et on ne peut que lui dire bravo! Son message est clair: ‘Nez nous wouère!

Depuis des lunes qu’on ergote au Niou-Brunswick sur la nécessité d’une immigration francophone pour combler les vides démographiques et autres de l’Acadie, force est de constater que le dossier progresse à la vitesse d’un escargot! Puisse le message du maire Cyrille inspirer l’Acadie!

Han, Madame?