La gratitude

En apprenant cette semaine le décès d’Azarias Doucet, je n’ai pu faire autrement que de fouiller dans mes souvenirs et mes livres d’histoires pour rappeler à la communauté acadienne l’immense contribution d’une génération d’Acadiens et d’Acadiennes, qui ont consacré leur vie professionnelle à l’avancement des leurs. Son départ à l’âge vénérable de 101 ans marque la fin d’une époque glorieuse pour des patriotes qui pour la plupart ont travaillé dans l’ombre.

Précisons d’abord pour les plus jeunes que nous, qu’Azarias Doucet originaire de Petit-Rocher après une carrière en enseignement dans sa région, devient en 1952 superintendant des écoles du comté à un moment où la condition du système d’éducation dans le Nord-Est est telle qu’elle se classe parmi les pires au pays.

Le travail de Doucet et dans une large mesure de son adjointe Marie Esther Robichaud, résultera en des regroupements d’écoles, une formation des maîtres améliorée et une sensibilisation de la population devant l’importance de l’éducation qui furent très bénéfique à la communauté acadienne.

Ceci presque sans appui gouvernemental, et très souvent en cachette de l’État très frileux à l’idée de développer un système d’éducation en français.

Azarias Doucet accepte un poste au ministère de l’Éducation en 1965 et s’installera à Fredericton. Il deviendra plus tard adjoint au sous-ministre responsable de l’éducation francophone.

Sans pouvoir le dire officiellement, le gouvernement de Robichaud compte sur lui pour lever les obstacles qui freinent l’avancement de l’éducation en français au Nouveau-Brunswick. Doucet sera de tous les combats, et contribuera jusqu’à sa retraite en 1982 aux différentes luttes menées par la communauté acadienne, pour des écoles françaises, et plus tard pour la dualité.

En venant à Fredericton, Doucet se joint à des centaines de fonctionnaires acadiens qui ont pris le beau de risque de faire une différence en bilinguisant la fonction publique provinciale.

C’est un combat de tous les jours, non seulement pour faire avancer la cause acadienne au sein du gouvernement, mais également pour pouvoir vivre en français dans la capitale. Les fonctionnaires francophones de l’époque doivent faire preuve de patience et de ruse, devant la résistance d’une partie de la fonction publique qui craint l’arrivée de ces jeunes fonctionnaires bilingues.

Les défis sont grands, et parfois, il faut travailler à partir de l’extérieur pour mieux avancer. La preuve en est que dès le milieu des années 1950, l’Ordre de Jacques Cartier à une commanderie à Fredericton. Le dernier rapport de l’Ordre publié en 1962 fait état d’une vingtaine de membres de la Patente dans la capitale, incluant un sous-ministre et plusieurs hauts fonctionnaires.

S’ajoutera à cela le fait que six des membres du cabinet de Louis Robichaud sont francophones et qu’ils sont tous membres de la Patente!

En lisant également cette semaine le communiqué annonçant une réorganisation de la haute fonction publique, nos hauts fonctionnaires devront suivre l’exemple de ceux qui les ont précédés. Il n’y a de sens dans ce qu’ils font que s’ils travaillent pour les leurs! À ceux-ci nous leur disons merci.