Midway: épique, mais inutilement surchargé

Le nom du réalisateur Roland Emmerich est, depuis 30 ans, synonyme de film d’action à grand déploiement. Le vétéran allemand ne fait pas exception dans Midway (en salle depuis le 8 novembre), son meilleur film – malgré plusieurs faiblesses – depuis The Patriot, il y a 19 ans.

Il est un peu ironique de faire un lien entre Midway et The Patriot. Parce que c’est après avoir été incapable d’amasser le financement pour le premier qu’il a accepté de tourner le second, à la fin des années 1990.

Depuis, malgré ses efforts, le cinéaste n’a jamais pu trouver un studio qui a accepté de financer son film portant sur la bataille de Midway, un combat important de la Seconde Guerre mondiale opposant les armadas américaines et japonaises dans l’océan Pacifique.

Las de quémander à Hollywood, Emmerich s’est finalement tourné vers la Chine, où il est parvenu à décrocher les millions de dollars qui lui manquaient pour créer le film qu’il avait en tête depuis des décennies.

Autre ironie: lors de la deuxième Guerre, les Japonais ont bombardé et tenté d’envahir la Chine. On ne se surprend donc pas que des hommes d’affaires de Pékin aient accepté d’allonger la monnaie si celle-ci devait servir à montrer leur ancien ennemi sous un mauvais jour…

Bataille navale

Alors que la Guerre fait rage en Europe, les États-Unis demeurent neutres.

De son côté, le Japon a des visées impérialistes et tente d’affirmer sa domination sur la région du Pacifique en attaquant de nombreux pays à l’aide d’une armada de bateaux ayant la renommée d’être imbattable.

Dans son enthousiasme, l’amiral Yamamoto attaquera même les États-Unis, à la base de Pearl Harbor, à Hawaï. Une provocation qui fera entrer les Américains en guerre.

Ce n’est donc plus qu’une simple flotte américaine fortement décimée par l’attaque sur Pearl Harbor et des pilotes inexpérimentés au combat qui séparent la formidable flotte japonaise de métropoles comme Los Angeles, San Francisco et Seattle.

Les États-Unis n’ont donc pas le choix de répliquer avant d’être à nouveau attaqués.

Forcés de jouer le tout pour le tout, ils vont tendre un piège à la marine japonaise au large des îles Midway.

Épique

Comme pratiquement toutes les oeuvres de Roland Emmerich, Midway est un film épique.

Devant l’ampleur des batailles navales (auxquelles ont notamment pris part une dizaine de porte-avions), on comprend que le cinéaste avait besoin de beaucoup d’argent pour être fidèle à l’histoire.

L’attaque sur Pearl Harbor est réussie, mais n’a malheureusement pas la portée émotive ou l’ampleur de celle du film du même nom, lancé en 2001.

Emmerich se reprend toutefois de belle façon plus tard, avec plusieurs scènes de batailles aériennes dignes des plus belles jamais tournées.

L’Allemand garde toutefois le meilleur pour la fin. Après 90 minutes de préambule, on est enfin aux premières loges pour assister à la bataille de Midway.

On vit la très grande majorité des 45 minutes de l’attaque dans le cockpit de Dick Best, un bombardier américain qui a participé à la destruction d’au moins deux porte-avions japonais lors des combats.

La tension est grande, le dangers vient de partout et, même si la fin est connue d’avance et qu’Emmerich nous ressort plusieurs clichés des films de guerre, le résultat est aussi divertissant qu’éblouissant.

Chargé et dépourvu d’émotions

Malheureusement, le scénario n’est pas à la hauteur de l’action et des effets spéciaux.

Une bataille de l’ampleur de celle de Midway (qui a duré trois jours et fait plus de 3300 morts) ne se gagne pas grâce aux efforts d’une poignée d’hommes. Et elle est le résultat de milliers de décisions qui ont été prises avant et pendant les combats.

Emmerich étant déterminé à montrer le rôle de tout un chacun dans la victoire, on suit un paquet de personnages – que l’on a parfois de la difficulté à différencier – à différents niveaux de la hiérarchie militaire.

On ne s’identifie donc à personne de sorte qu’une fois la victoire américaine confirmée, on reste de glace. Aucune émotion!

On ne comprend pas non plus toujours la logique derrière les opérations militaires et ceux qui ne savent à peu près rien de la bataille de Midway risquent d’être perdus en de nombreuses occasions pendant le film.

Au lieu de simplifier et d’aller droit au but, Emmerich nous offre un film lourd et inutilement surchargé qui aurait eu tout intérêt à être beaucoup mieux vulgarisé.

Quitte à ce que la contribution de certains personnages historiques demeure dans l’ombre…

 

MIDWAY

En bref: Les dessous de la bataille navale de Midway, un combat majeur entre les forces américaines et japonaises qui changea le cours de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique.

Appréciation: En tentant d’être fidèle à l’histoire, Emmerich incorpore beaucoup trop d’éléments à son film, sans jamais vraiment toucher à l’essentiel.

Genre: Film de guerre
Version française: Midway
Réalisateur: Roland Emmerich
Scénario: Wes Tooke
Avec: Ed Skrein, Patrick Wilson, Woody Harrelson et Luke Evans
Budget: estimé à 100 M$
Durée: 138 minutes
Une production des studios: Entertainment One

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 2
Qualités visuelles: 3
Jeu des comédiens: 3
Originalité: 2
Divertissement: 3

Total: 14 sur 25
(trois étoiles sur cinq)