Les éoliennes de la discorde

L’excellent dossier du journaliste Simon Delattre, publié dans l’édition de mercredi dernier, fait état de la discorde entourant le projet d’aménagement de cinq éoliennes à Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne. Ce projet est mené et financé par la Ville de Bathurst en partenariat avec l’entreprise Naveco Power de Fredericton.

Des résident(e)s d’Anse-Bleue et des communautés environnantes ont signé une pétition afin de s’opposer à l’installation de ces moulins à vent dans cette communauté côtière de 330 habitants, située le long de la baie des Chaleurs, entre Grande-Anse et Maisonnette. De plus, une manifestation des opposants à ce projet est prévue pour ce soir devant le conseil municipal de Bathurst, où ils comptent exprimer leur mécontentement de vive voix auprès des élus municipaux.

De prime abord, on peut se demander ce que vient faire la Ville de Bathurst dans un projet de développement économique à une cinquantaine de kilomètres de sa frontière. Et bien, c’est le fruit d’une initiative du gouvernement précédent qui, en 2016, visait à augmenter la production d’énergie renouvelable en attribuant des projets de parcs éoliens communautaires à travers la province.

La province avait alors invité les municipalités, les Premières Nations, les coopératives et les organismes à but non lucratif à soumettre des projets auprès d’Énergie NB. Ce qu’a fait la Ville de Bathurst.

Au cours des derniers mois, la société de la Couronne a donné son aval à cinq projets de parcs éoliens communautaires, à travers la province, devant produire, au total, près de 80 mégawatts d’énergie électrique.

En plus de celui d’Anse-Bleue, Énergie NB a approuvé des projets similaires à Pokeshaw (près de Grande Anse), à Richibouctou, à Riverside-Albert et à Portage Vale (près de Sussex).

Le hic, c’est que les éoliennes fonctionnent seulement là où il y a beaucoup de vent. Ce qui n’est pas le cas dans la ville de Bathurst et celle-ci a été jumelé au projet de Naveco qui avait choisi Anse-Bleue comme site pour y ériger ses moulins à vent.

On ne peut donc pas blâmer le maire Paolo Fongémie et son conseil municipal pour le choix d’Anse-Bleue. Leur intention était d’investir dans un projet d’énergie verte qui générerait des revenus afin de financer certaines activités de leur municipalité.

Le problème avec ce projet de parc éolien est dans la conception de l’initiative. Le premier ministre et ses collègues de l’époque auraient dû insister pour que les retombées économiques pour la communauté d’accueil, de même que l’acceptabilité sociale du projet, soient des critères de sélection.

C’est un peu bizarre que le gouvernement Gallant ait justement insisté qu’il y ait une acceptabilité sociale pour l’exploitation du gaz de schiste dans cette province (ce qui a chassé cette industrie du N.-B.) et qu’il ne l’ait pas fait pour les projets d’énergie verte.

Pourtant, certaines communautés comme Chéticamp, en Nouvelle-Écosse, et l’île de Lamèque, dans la Péninsule acadienne, ont leurs éoliennes et celles-ci bénéficient à toute la communauté puisque la coopérative locale en est le maître d’œuvre.

En plus de royautés sur les profits, les communautés bénéficient de réductions du taux de taxation sur leurs propriétés.

Ceci dit, il va être très difficile de stopper ces cinq projets d’éoliennes dont l’énergie produite sera la plus écologique après celle de nos centrales hydro-électriques de Mactaquac, Tobique et Grand-Sault.

Énergie NB a déjà donné le feu vert à ces cinq projets et va avoir besoin de cette énergie pour remplacer celle produite par la centrale au charbon de Belledune, qui doit fermer en 2030.

On ne peut que sympathiser avec la population d’Anse-Bleue qui aurait dû être consultée et impliquée dans la réalisation de ce projet.

Attendre l’étape de l’étude d’impact sur l’environnement pour consulter la population est trop peu trop tard et n’assurera pas nécessairement son acceptabilité sociale.

Il ne nous reste qu’à souhaiter qu’à l’avenir, le gouvernement actuel, comme il l’a promis dans son programme électoral, ordonnera à Énergie NB de consulter et d’impliquer les communautés côtières touchées par ces projets avant de lancer toute autre initiative du genre.