Un cabinet représentatif des provinces?

Le premier ministre Justin Trudeau va faire assermenter son nouveau cabinet ce mercredi par la gouverneure générale. On sait déjà que Justin Trudeau veut avoir un nombre égal de femmes et d’hommes ministres. Tout comme dans les conseils des ministres précédents, le gouvernement libéral de Justin Trudeau devrait faire une très bonne place aux minorités visibles.

Le grand défi du premier ministre Trudeau sera d’avoir une représentation de l’Alberta et de la Saskatchewan à Ottawa. Une règle informelle veut que les ministres soient choisis au sein du caucus des députés du parti appelé à former le gouvernement. Comme les libéraux n’ont pas réussi à faire élire des candidats dans ces deux provinces, il ne sera pas possible pour Justin Trudeau d’y sélectionner des ministres.

Justin Trudeau devient chef du Parti libéral en 2013, et décide d’exclure en 2014 les sénateurs libéraux de son caucus. À défaut de pouvoir réformer en profondeur le Sénat, le premier ministre Trudeau a voulu nommer des sénateurs «indépendants». Lorsque par le passé, un parti n’avait pas fait élire des candidats dans une province, il pouvait de manière exceptionnelle nommer un sénateur d’une province dans le cabinet.

On peut se rappeler que Stephen Harper avait nommé sénateur dans un premier temps Michael Fortier de la région de Montréal pour ensuite lui faire une place dans son conseil des ministres en 2006.

Comme celui-ci n’a pas réussi à se faire élire député lors des élections de 2008 après avoir préalablement démissionné du Sénat canadien, le premier ministre Stephen Harper n’a pas pu lui offrir un fauteuil dans son nouveau gouvernement minoritaire. Jean Chrétien avait également nommé un sénateur libéral de la Nouvelle-Écosse dans son cabinet lorsque son parti n’avait pas pu y faire élire un candidat lors des élections de 1997.

Si Stephen Harper et Jean Chrétien avaient trouvé important d’avoir une représentation de régions ou de provinces qui n’avaient pas élu de candidats de leur parti, on peut comprendre que la totale absence de députés libéraux en Alberta et en Saskatchewan puisse causer un véritable casse-tête pour Justin Trudeau.

Ces deux provinces de l’Ouest, contrairement à la région de Montréal et à la Nouvelle-Écosse, contribuent à la péréquation canadienne.

Le principe de «pas de taxation sans représentation» qui remonte au parlementarisme britannique veut que pour taxer et lever des impôts auprès d’une population, celle-ci soit représentée dans le Parlement. On peut comprendre le ressentiment des habitants de l’Alberta et de la Saskatchewan à l’endroit du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Ces deux provinces riches en ressources naturelles envoient des milliards de dollars à Ottawa et n’auront pas de représentants dans le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau.

Pourtant des milliers d’électeurs de ces deux provinces ont voté pour des candidats libéraux lors des élections d’octobre. Toutefois, le mode de scrutin que Justin Trudeau a refusé de changer a déformé les résultats en n’attribuant aucun siège au Parti libéral.