La déception

C’est un peu comme si les dieux de la politique nous ont laissés tomber. L’année passée, la guigne s’est acharnée sur nous avec un gouvernement provincial qui dirige de Saint-Jean, et qui néglige une partie de la province. Et voilà maintenant un gouvernement fédéral qui en annonçant son cabinet, a décidé de récompenser ceux et celles qui n‘ont pas voté pour lui!

C’est le monde à l’envers, où force nous est de constater que la mathématique de ce cabinet confond les experts. Les Maritimes, malgré le fait qu’elles soient restées fidèles aux libéraux, perdent un ministre. Le Québec, où le vote libéral a fondu comme neige au soleil, voit sa députation réduite, mais son nombre de ministres atteindre le nombre de 10.

Passons l’Ontario où 17 députés sur 76 reçoivent un poste au cabinet. Mais le plus blessant pour nous de l’Atlantique se passe dans l’Ouest, où malgré la perte de 15 députés du Manitoba à la Colombie-Britannique on y envoie 5 ministres au cabinet. Voici l’injustice.

L’Ouest, qui n’a élu que 14 députés libéraux, aura cinq ministres et un conseiller spécial. Les provinces de l’Atlantique, avec leurs 26 députés libéraux, n’auront elles aussi que cinq ministres. Comment par la suite expliquer aux électeurs que nos votes comptent et que nous ne sommes pas pris pour acquis?

S’il est vrai qu’il n’y a pas de mauvais sièges au cabinet, il faut aussi reconnaître qu’il y en a qui sont meilleurs que les autres.

Et dans l’éventail des fonctions ministérielles que propose le cabinet annoncé cette semaine par le premier ministre Trudeau, il faut reconnaître que le Nouveau-Brunswick est loin d’être gagnant. D’abord, on perd une ministre et pas n’importe laquelle: Ginette Petitpas Taylor, qui aux dires des experts a fait un excellent travail à la Santé. À elle seule, elle incarnait ce que le Parti libéral a de mieux à offrir, une femme, bilingue, moderne et progressiste. Les mauvaises langues diront qu’elle a perdu son siège pour que Montréal ait un ministre de plus!

Personne ne critiquera le fait que Dominic LeBlanc soit maintenu au cabinet, malgré un poste plus que symbolique qui ne lui offre que peu de marge de manœuvre quand vient le temps de négocier avec ses collègues. Car soyons clair, la table du cabinet sert beaucoup dans le jeu des négociations entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent.

Je me rappelle que quand j’étais ministre provincial des Pêches, le ministre des Transports originaire de la baie de Fundy savait très bien que des routes dans mon comté pouvaient me mettre dans une bonne disposition quand venait le temps d’accorder des permis d’aquaculture.

Ici, LeBlanc aura peu à offrir en échange des besoins des Néo-Brunswickois. Si au moins on avait maintenu Mme Petitpas Taylor en place le temps que le ministre LeBlanc se rétablisse complètement ou encore si l’on avait offert à des députés comme Wayne Long ou Serge Cormier des responsabilités juniors on aurait pu comprendre.

En espérant maintenant que ce Cabinet saura malgré tout avoir notre attention et comme dirait nos amis anglophones «la preuve est dans la poutine!»