Trois grands défis de politique étrangère pour Ottawa

Le gouvernement 2,0 du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, hérite d’un certain nombre de défis majeurs en matière de politique intérieure et de politique extérieure. Ceux-ci vont de l’unité entamée de la fédération au spectre grimaçant du changement climatique et à la réputation internationale résiduelle du Canada. Cette chronique se penche sur trois des questions de politique étrangère parmi les plus urgentes auxquelles est confrontée la nouvelle administration, et sur ce que le nouveau chef de la diplomatie canadienne, François-Philippe Champagne, pourrait faire pour tenter de relever ces défis avec succès.

1. États-Unis 

Si les États-Unis demeureront pendant longtemps encore le plus important partenaire du Canada aux plans économique, militaire et diplomatique, les relations entre les deux pays sont devenues sous l’administration Trump incertaines et difficiles à cerner. Le président américain adopte souvent un ton conflictuel et agressif, et doit être géré avec un soin particulier. L’Europe, l’autre principal allié du Canada, a été affaiblie par une Grande-Bretagne qui se replie sur elle-même et se retire progressivement de la scène mondiale.

Du reste, plusieurs régions du monde, y compris l’Europe occidentale, font face à l’instabilité politique, étant la proie du populisme, de l’autoritarisme et de l’intolérance raciale.

La tâche du Canada est donc d’inventer des nouvelles façons d’aborder ce monde de plus en plus hostile.

L’année dernière, des politologues américains ont préconisé la création d’un «Comité pour sauver l’ordre mondial» libéral. Cette nouvelle organisation, baptisée «Groupe des Neuf», serait composée des dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, du Japon, de la Corée du Sud, de l’Union européenne et du Canada.

Dans une veine similaire, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, lançait à New York en septembre, la nouvelle «Alliance pour le multilatéralisme» avec la participation de 50 pays.

À travers le ministre Champagne, le Canada pourrait entreprendre de creuser ces initiatives nouvelles qui proposent une alternative au leadership américain décadent.

2. Chine

M. Champagne prend les rênes de la diplomatie canadienne à un moment critique des relations entre le Canada et la Chine. En 2015, Justin Trudeau proposait une approche pragmatique de la politique étrangère, en vertu de laquelle il envisageait de dialoguer avec n’importe quel pays, nonobstant certains désaccords, afin de tirer le meilleur de ces relations. Le premier ministre comptait utiliser cette coopération afin de promouvoir les intérêts économiques, sociaux et environnementaux du Canada.

Il n’en a rien été durant son premier mandat.

Le Canada entretient aujourd’hui des relations difficiles avec quatre des plus grandes puissances du moment: les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie.

La politique étrangère du gouvernement Trudeau ressemble parfois à s’y méprendre à celle de Stephen Harper qui consistait à bouder et à snober certaines puissances comme la Chine et la Russie.

Le virage progressif de ces deux pays vers l’autoritarisme plutôt que l’ouverture politique inquiète légitimement en Occident. Mais qu’à cela ne tienne. Avec la Chine en particulier, Ottawa gagnerait à entreprendre d’ouvrir des canaux de dialogue.

Personne ne devrait s’attendre à ce que de tels éventuels échanges débouchent comme par miracle sur l’élargissement des Canadiens détenus en Chine depuis l’affaire Huawei, ou sur la conclusion d’accords commerciaux. Ces pourparlers ouvriraient en revanche d’utiles canaux de communication de haut niveau entre le Canada et la Chine.

À termes, cela pourrait donner à Ottawa une certaine influence sur le réseau complexe de relations économiques, institutionnelles et humaines qui existait jadis entre les deux pays.

3. Réputation 

Le premier ministre Justin Trudeau vient d’être réélu, mais à la tête d’un gouvernement minoritaire cette fois. Comme en 2015, sa campagne s’est fondée sur une plate-forme électorale tournée pour l’essentiel vers des questions nationales. Toutefois, ce second mandat de M. Trudeau, plus que celui de n’importe lequel de ses prédécesseurs, sera vraisemblablement façonné et marqué par des forces et des événements au-delà des frontières du Canada.

On peut ainsi s’étonner que l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n’ait pas daigné visiter même une seule fois l’Afrique, le plus grand bloc politique au monde avec 54 pays, ce alors même que le Canada brique désespérément un siège permanent au Conseil de Sécurité face aux influents Norvège et Irlande.

De même, l’aide du Canada au développement international s’est réduite en peau de chagrin. Ces tendances doivent être inversées, faute de quoi la réputation internationale du Canada risque d’en souffrir durablement.