Infox: les bananes avec le sida n’existent pas!

L’hiver approche à grands pas et une nouvelle menaçante fait son apparition. La grippe? Non! La gastro-entérite ou la bronchiolite? Encore non!

Cette fois-ci, le danger se situerait sur les étals de vos supermarchés. Et il viendrait d’un fruit. Plus exactement de bananes contaminées par le virus du sida! Mais pas de panique, cette information est totalement fausse. La nouvelle infox révèle une fois de plus le côté sombre de nos réseaux sociaux. Retour sur une peau de banane lancée par des internautes malhonnêtes…

Pour commencer, sachez que la rumeur a commencé à se propager dès 2016. Elle refait surface aujourd’hui avec une vidéo en anglais vue plus de 1,2 million de fois sur YouTube et repérée par le quotidien français Le Monde.

Pour toucher un public plus large, un lien vers un blogue en français est également proposé dans la description de la vidéo.

L’article affirme que le Dr Carissa F. Etienne, directrice de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPH), souhaite alerter les médias à la suite de la découverte de près d’un million de bananes infectées par le VIH (Sida). Et le faux récit terrorisant se poursuit ainsi: «Après avoir effectué les inspections pertinentes dans les domaines, les autorités du Guatemala ont découvert que les fruits sont injectés avec du sang infecté.»

L’objectif, tuer des millions de gens dans le monde avec Satan comme commanditaire. Rien que ça…

La supercherie est d’autant plus flagrante, qu’il y a plusieurs incohérences dans le texte: «Selon les preuves trouvées dans les différents domaines de la plantation, il est estimé que pourrait exister environ 2 millions de bananes infectés répartis dans diverses parties du continent.» Remarquez qu’en quelques lignes on est quand même passés d’un million de bananes dangereuses à deux millions. Merci la précision scientifique…

La liste des pays soi-disant menacés nous est aussi donnée. On y trouve le Mexique, les États-Unis, le Brésil, l’Argentine et le Canada!

Notre pays serait particulièrement à risque du fait des grandes quantités de bananes que nous achetons régulièrement.

Pour conclure, le Dr Carissa F. Etienne prétend même qu’une augmentation significative du nombre de personnes infectées par le sida a été remarquée au cours de la dernière année. Hausse qu’elle attribue bien évidemment aux bananes séropositives!

Pour toutes ces raisons, elle affirme que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseillerait désormais la consommation de bananes sur tout le continent américain. Et cela jusqu’à nouvel ordre. Pourtant, les rayons de nos supermarchés en sont remplis. Il semblerait que cette information des plus urgentes ne soit jamais arrivée jusqu’aux gérants de nos grandes surfaces.

Côté scientifique et journalistique, on vous explique pourquoi l’histoire ne tient pas la route. Tout d’abord, sachez qu’aucun cas d’injection de sang dans des fruits n’a été rapporté à ce jour. La chair de certaines bananes peut, c’est vrai, être rouge, mais à cause de maladies de la banane complètement inoffensives pour les êtres humains.

D’après l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ces taches dans les bananes pourraient être causées par une maladie fongique (un champignon en somme) qui s’appelle «nigrospora». Il existe également des bactérioses comme le mokillo, la maladie de Moko ou la maladie du sang du bananier qui peuvent entraîner des réactions identiques.

D’ailleurs Walmart avait déjà alerté sur cette tromperie l’an dernier lorsqu’un site racontait qu’une fillette âgée de 10 ans avait été infectée par le VIH à cause de bananes achetées dans son magasin de Tulsa, en Oklahoma. Mais il existe d’autres variantes en Alberta ou avec des oranges libyennes.

Enfin, et c’est sans doute là le plus triste… cette rumeur contribue à maintenir de fausses idées sur la contamination par le VIH. Pour rappel, toutes les recherches en la matière sont unanimes. Il n’existe que trois modes de transmission du sida: par des relations sexuelles non protégées (anales et vaginales), par une transmission de la mère à l’enfant durant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement, et par le partage de seringues ou de dispositifs servant à l’injection de drogues ou de stéroïdes.

Pour conclure, le virus du VIH ne se transmet jamais par un baiser ou une poignée de main, ni par une toux ou des éternuements, ou encore par une piqûre d’insecte ou le partage d’une banane tachée.

Enfin, le virus est très fragile en dehors du corps humain et lorsqu’il n’est plus à 37 °C dans son cocon liquide. Autrement dit, si on injectait du sang contaminé dans un fruit, le virus n’y survivrait pas longtemps. Ouf.

Maintenant que vous avez retrouvé la banane, on vous laisse poursuivre vos courses tranquillement! À la semaine prochaine.