Éducation: un outil puissant!

Le Niou-Brunswick vient de se donner une commissaire à la langue officielle flambant neuve! Les bonnes nouvelles requinquent l’espoir. Alléluia!

Cela dit, le fait français reste menacé en Acadie. Et ce «péril en la demeure» prend différentes formes. Ainsi, dans un article paru dans le journal du 20 novembre, on apprenait que les élèves de 2e année du District scolaire francophone Sud éprouvent plus de difficultés en français que ceux des autres districts. Leur taux de réussite en littératie est de six points inférieurs à la moyenne provinciale de 75%.
Triste nouvelle.

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La directrice du District, Monique Boudreau, l’explique notamment par une augmentation substantielle de la population dans cette région, population qui évoluerait davantage dans le milieu anglophone. Y compris, si je saisis bien, les nouveaux arrivants allophones. (Quid de l’immigration francophone?)

En effet, la francophonie du coin doit constamment justifier la légitimité de son existence. Légitimité politique, légitimité sociale, légitimité culturelle. Le faire en anglais est un impératif!

Suffit de lire les commentaires que s’écrivent en anglais ou en chiac des francophones acadiens entre eux dans les médias sociaux pour s’en rendre compte!

Et c’est pourquoi la langue française maigrit à vue d’œil en Acadie.

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Vérité de la Palice: le français est plus qu’un baragouinage de sons pour s’exprimer!

Au fil des siècles, il a créé un ensemble de signes vocaux et graphiques visant à communiquer, c’est-à-dire à transmettre d’une personne à une autre une information, allant du plus banal «bonjour» au plus romantique «je t’aime»; des plus ardues négociations bancaires, aux plus strictes entrevues d’embauche.

Autre vérité de la Palice: l’apprentissage de cette langue commence à la maison. (Et pas juste dans le sud de la province.)

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Certes, à la maison on adopte un registre de langue plus familier, plus populaire. C’est normal. Et c’est là qu’on doit inculquer aux jeunes pousses la différence entre le vieil acadien, qui n’est pas de l’anglais, et le chiac.

Mais quand dans notre bagage de mots de tous les jours, les mots anglais priment, indiquent le sens de la phrase – occupent une place d’honneur, quoi! –, on empêche nos enfants de développer une meilleure connaissance de leur propre langue française.

Bref: on ne les aide pas!

Et quand ils entreront à l’école parlant une langue carencée, ils seront déjà défavorisés. Ce n’est tout simplement pas juste envers eux. Et ce n’est pas faire justice à leur intelligence que de leur laisser croire qu’ils pourront maltraiter une langue estropiée le reste de leur vie, autant à l’écrit qu’à l’oral, et que ça passera comme du beurre dans la poêle.

À moins, bien sûr, qu’on prévoie d’avance qu’ils s’exilent un jour dans une contrée anglophone, où ils s’assimileront petit à petit, entraînant leur descendance dans cette galère.

Si on ne veut pas ça, c’est le temps d’agir.

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Bien entendu, cela s’écrit plus facilement dans une chronique que cela se vit à la maison ou à l’école.

Et à l’école, du moins au District scolaire francophone du Sud, on est conscient du problème. La directrice du District a d’ailleurs évoqué des pistes de solution pour corriger la situation, notamment des formations données par des experts en littératie aux enseignants, de même qu’une présence auprès du corps professoral «d’agents en amélioration continue».

Je me réjouis qu’on ait cru bon d’améliorer la formation des pédagogues, car il faut être joliment ferré pour assumer la responsabilité de l’enseignement de la langue française dans un contexte aussi complexe que celui du sud-est de la province!

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J’ai même suggéré à quelques reprises que les enseignants du français reçoivent un statut professionnel particulier, avec une bonification substantielle de leur salaire qui confirmerait ce statut.

Il ne s’agit pas de discriminer entre les enseignants. Il s’agirait de reconnaître, dans le contexte acadien particulier, la prédominance du français sur les autres matières, donc de ceux qui l’enseignent, puisque le français, matière première par excellence, est la seule matière qui a un lien direct avec toutes les autres matières.

Dans cette optique, les enseignants du français transmettent une matière ESSENTIELLE. Ils sont à la base même de la survie du français. Autant dire: de l’Acadie!

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En contrepartie, l’État hausserait les exigences pédagogiques pour l’obtention de ce statut spécial: c’est la crème de la crème qui serait envoyée au front!

De plus, étant donné la situation alarmante du fait français dans cette province où les francophones sont une minorité menacée, ne pourrait-on pas, avec un minimum de volonté populaire et politique, doubler le temps consacré à l’enseignement du français dans les trois premières années scolaires?

Oui, une forme d’enseignement intensif afin d’assurer des bases solides en grammaire, en syntaxe, en orthographie, en orthophonie, avec lectures et communications orales à l’appui, pour favoriser la maîtrise de la langue parlée et l’acquisition du vocabulaire.

On compenserait par un allègement dans d’autres matières qu’il serait plus facile de transmettre, dans les années suivantes, à des écoliers très bien équipés en français, grâce à leur littératie enrichie.

Beau projet à étudier pour les multiples intervenants de l’enseignement du français, non?

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On aura beau demander à la France de maintenir son consulat à Moncton; on aura beau prier le gouvernement canadien de nommer des ministres d’Acadie; on aura beau exiger du gouvernement provincial un respect total du principe d’égalité linguistique; on aura beau mettre le sort de l’Acadie dans les mains des autres, mais l’Acadie a présentement en mains un outil extraordinairement puissant pour redonner de la force au fait français: son propre système d’éducation!

Elle possède les compétences pédagogiques pour orienter ce système et les ressources humaines pour l’administrer; il n’en tient qu’à elle d’imaginer de nouvelles manières de faire face aux défis contemporains plutôt que de se contenter de répéter les mêmes modèles, suppliques ou imprécations qu’autrefois.

Même pas besoin d’attendre après les anglophones pour ça. Encore moins de leur demander l’autorisation!

Imagination et détermination: voilà ce qu’il faut. À situation unique, solutions originales!

Han, Madame?