L’art du possible

L’élection n’était même pas finie que les couteaux étaient déjà tirés, gracieuseté de Peter MacKay. Depuis la défaite du Parti conservateur le soir du 21 octobre, la vie du chef, Andrew Scheer, ressemble à un chemin de croix.

Pourquoi m’y intéresser, vous demandez-vous? Parce qu’il y a là des enseignements à tirer sur l’état de notre société et de notre processus démocratique.

Tout d’abord – et c’est une nouveauté – on tire à boulets rouges sur Monsieur Scheer, non par manque de propositions pour régler les problèmes qui minent notre pays – l’écart croissant entre les riches et les pauvres, les besoins en infrastructures, le réchauffement climatique ou les conditions de vie déplorables des autochtones dans le Nord, par exemple, – puisqu’il n’en avait pas. Ses partisans le crucifient à cause de ses opinions sur des questions qu’on croyait réglées: le droit des femmes à contrôler leur corps et l’égalité de chacun peu importe son orientation sexuelle ou son genre.

Pire encore, Andrew Scheer est condamné par tout le monde pour son approche: pour les uns il aurait dû prendre clairement position en faveur de l’avortement et de la communauté LGBTQ, il aurait fallu qu’il se dise prêt à remettre la question de l’avortement sur la table législative pour les autres. Il n’y a rien à gagner à vouloir ménager la chèvre et le chou – ce qui est pourtant un art politique en soi!

Merci qui? Merci un populisme réducteur, merci Preston Manning et le Reform Party et merci Peter McKay d’avoir si bien travaillé pour amalgamer ce «Tea Party canadien» qu’était le parti de l’Alliance au Parti progressiste-conservateur d’autrefois. Cette tendance vers la radicalisation des positions à droite n’est pas l’exclusivité de la politique fédérale (ce ne sont pas les électeurs du Nouveau-Brunswick qui vont me contredire là-dessus) mais elle est inquiétante.

Peut-être devrions-nous tous passer plus de temps à observer ce que font nos amis de l’Île-du-Prince-Édouard? On aurait pu croire que mener un gouvernement minoritaire conservateur avec les verts comme opposition officielle était un peu «mission impossible». En fait, c’est tout le contraire qui se passe, ce qui prouve qu’on peut laisser de côté les extrêmes politiques pour cultiver ensemble, au centre, l’art du possible.