Semaine horrible pour la Chine

Fuite de documents confidentiels chinois exposant le fonctionnement des camps d’internement dans la province du Xinjiang, où au moins un million d’Ouïghours et d’autres musulmans seraient détenus arbitrairement. Raz-de-marée des dirigeants du mouvement prodémocratie lors des élections locales à Hongkong. Promulgation par le président Donald Trump d’une loi appuyant le mouvement prodémocratie à Hongkong. Ce sont les temps forts d’une semaine horrible pour la politique étrangère de la Chine et, par ricochet, sa réputation internationale de plus en plus entachée.

Xinjiang

Depuis la fin de la décennie 2000 au moins, les autorités chinoises ont intensifié la répression au Xinjiang, peuplé à 60% environ de Ouïghours turcophones et musulmans sunnites et à 40% de Hans (l’ethnie majoritaire en Chine). Le gouvernement chinois exerce une telle surveillance sur cette province qu’il n’a pas toujours été possible de savoir ce qui s’y passait avec exactitude.

Les documents révélés dimanche par un consortium de journalistes de 17 organismes de presse présentent à cet égard un luxe de détails embarrassants pour Pékin. Ils décrivent en effet des règlements draconiens, qui vont de la fréquence des coupes de cheveux aux horaires de verrouillage des portes régissant ces camps installés dans la région du nord-ouest de la Chine. Les Ouïghours (plus d’un million) y seraient détenus dans des conditions horribles.

Pékin récuse ce chiffre et dénonce ces documents comme de «pures falsifications». Et parle plutôt des «centres de formation professionnelle» destinés à lutter contre la radicalisation islamiste. En 2014, le président Xi Jinping qualifiait toutefois le Xinjiang de «ligne de front dans la lutte contre le terrorisme». Le quotidien américain New York Times informait récemment ses lecteurs qu’il avait réussi à se procurer plus de 400 pages de documents internes au pouvoir chinois. Ils contiendraient des discours secrets du président Xi Jinping appelant dès 2014 à lutter «sans aucune pitié» contre le terrorisme et le séparatisme au Xinjiang.

Hongkong

Pékin misait gros sur les élections locales qui se tenaient dimanche à Hongkong. Il a tout perdu. En autorisant la tenue de ces élections pour le renouvellement de 452 conseillers de district, le leadership communiste à Pékin semblait en effet vouloir faire du scrutin un référendum sur l’avenir politique de la ville. Le gouvernement chinois semblait croire qu’une «majorité silencieuse» se mobiliserait pour rejeter les protestations en votant pour des candidats pro-Pékin.

Erreur. Le bloc prodémocratie a remporté 85% des districts. La défaite humiliante des candidats pro-Pékin est donc aussi un cinglant camouflet pour les autorités chinoises qui continuent de «soutenir résolument» la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, malgré son revers électoral.

Le message des Hongkongais ne souffre pourtant d’aucune ambiguïté. Ils soutiennent clairement les manifestants prodémocratie, signe de leur attachement au principe «un pays, deux systèmes» convenu lors de la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997. Comment réagira Pékin?

Washington

Alors que la conclusion annoncée d’un accord commercial partiel (dite phase 1) entre la Chine et les États-Unis permettait d’entrevoir avec espoir une certaine amélioration des relations entre les deux pays, la décision de Donald Trump de promulguer mercredi, une semaine après son approbation par une écrasante majorité au Congrès, une loi prodémocratie soutenant les manifestants de Hongkong vient d’ouvrir une nouvelle page d’incertitudes pour les deux pays et le reste du monde.

Le régime communiste chinois mérite toutefois l’essentiel du blâme. L’autoritarisme de Xi Jinping ne laisse personne indifférent. Il est à l’origine d’une rare unanimité politique aux États-Unis. Et, malgré ses affinités électives connues avec les autocrates de ce monde, le président Donald Trump a été contraint d’agir. La législation qu’il a promulguée menace de suspendre le statut économique spécial de Hongkong. Pékin l’a naturellement immédiatement qualifiée d’«abomination absolue», «remplie de préjugés et d’arrogance». Et évoque d’éventuelles représailles.

Les tensions n’ont cessé de monter entre les États-Unis et la Chine depuis plus d’un an. Trump fait pression sur la Chine en imposant des droits de douane sur 360 milliards de dollars de marchandises chinoises. La Chine, à son tour, a imposé des droits de douane sur certaines des importations américaines vers son pays. Hongkong et Xinjiang viennent donc brouiller des perspectives déjà sombres.