Qui attend encore Noël? Les enfants! Ce sont les seuls qui doivent attendre. Parce que la plupart des adultes font Noël quand ça leur dit. Les échanges de cadeaux, les partys de bureau, la dégustation de pâtés, c’est avant. Tout ça, c’est pendant l’Avent.

Au lieu d’attendre, on fait Noël quand ça nous tente, au moment où c’est le plus pratique. Rendus à Noël, on est épuisé! On a hâte que le 23 décembre annonce le début du congé des fêtes pour se reposer d’un décembre grisant et récupérer après les abus! Vivement les vacances pour se reposer.

À Noël, il nous reste le plaisir de regarder les réactions des enfants qui ont dû attendre. C’est peut-être pour ça qu’on est rendu à dire que Noël, c’est la fête des enfants.

Ils sont les seuls pour qui la fête n’arrive pas avant.

Et si on attendait un peu cette année? Si on faisait ce qu’on demande aux enfants? Noël deviendrait la fête de tous: des enfants, encore petits, et de tous les autres qui ont grandi.

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C’est l’enfant en moi qui aime attendre. C’est lui qui apprend à l’adulte que je suis devenu que l’expérience d’attendre est aussi puissante que l’événement attendu. Attendre, c’est goûter à l’avance. En attendant, tout semble avoir davantage de saveurs, parce qu’on imagine (toujours en couleurs!) les personnes qu’on va rencontrer, les paroles et les gestes qui seront échangés, les attitudes qui seront vécues.

Lorsque la fête est terminée, on se dit que tout s’est passé trop vite. Nous n’avons pas pu rencontrer toutes les personnes. Nous n’avons pas eu le temps d’échanger. Nous n’avons pas pu savourer autant qu’en attendant.

Attendre, c’est se préparer à recevoir, à accueillir. Pourtant, la joie que nous attendons est déjà présente dans l’attente elle-même. Comme la fleur est dans son germe. Ce qui nous est promis peut nous réjouir lorsque nous l’attendons.

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Voilà l’attitude paradoxale du chrétien: attendre Celui qui est déjà là. Attendre jusqu’à être usé (ps. 118). Jusqu’à épuiser ses forces, sans toutefois laisser fléchir l’espérance. L’attente est bénéfique. Elle travaille le cœur. Elle l’affine.

«Restez prêts pour ouvrir dès que le Maître arrivera et frappera à la porte», disait Jésus. La meilleure place pour attendre quelqu’un, c’est de rester près de la porte. Avec la posture spirituelle de la joie. Il y a, dans l’attente elle-même, le don d’une promesse qui réjouit le cœur.

Le psalmiste chante: «J’ai choisi de me tenir sur le seuil» (ps. 83). Se tenir sur le seuil, c’est dégager ce qu’il y a de meilleur au fond de soi. C’est retrouver la beauté du moindre geste, le plus banal, celui du verre d’eau, de la visite, de la guignolée. C’est apprendre le langage de Dieu et parler la tendresse pour dépasser l’instant, la surface, et rejoindre le cœur.

Se tenir sur le seuil, c’est attendre celui qui vient comme un ami réconfortant. C’est fuir la solitude et goûter déjà la présence dans la promesse qu’il va venir. C’est aussi fuir l’inquiétude et la crainte face à Celui qui vient: comment accueillir une amitié quand on a peur de l’autre?

L’attente de Dieu ne se limite pas à la saison de l’Avent. Mais celle-ci est toute désignée pour s’y exercer.

Bonne attente! Qu’elle soit joyeuse!