L’inquiétante crise de l’OTAN

En 2019, l’ordre mondial démocratique libéral est confronté à deux défis majeurs. Le premier est l’islam radical. Il s’agit toutefois du moindre des deux maux. On parle souvent du mouvement en termes d’une nouvelle «menace fasciste», allusion à l’usage potentiel par ses adhérents d’armes de destruction massive. Émergeant toutefois généralement de sociétés pauvres, l’islam radical ne représente pas une alternative viable à la modernité occidentale.

Le second défi, plus significatif, émane du retour fracassant sur la scène internationale de nouvelles grandes puissances autoritaires. La Chine et la Russie opèrent maintenant sous des régimes capitalistes autoritaires, plutôt que communistes. L’efficacité de leur modèle séduit. Pour faire face à ces acteurs, et en particulier à la Russie de Poutine, l’Occident aura besoin d’une OTAN unie.

L’Occident doit en partie à l’OTAN tant sa sécurité que sa prospérité depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans un nouveau rapport, NATO at Seventy: An Alliance in Crisis, les anciens représentants permanents des États-Unis auprès de l’OTAN, Douglas Lute et Nicholas Burns, soulignent plusieurs défis majeurs menaçant cette institution d’une importance cruciale.

La raison d’être de l’OTAN 

Le président des États-Unis Donald Trump juge l’OTAN obsolète. Le président français Emmanuel Macron juge l’alliance atlantique en état de «mort cérébrale», en raison du manque de coordination entre les États-Unis et l’Europe, et du comportement unilatéral de la Turquie (membre de l’alliance atlantique) en Syrie.

Le «traité de Washington» signé en avril 1949 consacrait l’OTAN, à un moment sombre du début de la guerre froide, où l’invasion soviétique de l’Europe occidentale était une vraie possibilité. L’OTAN fournit aujourd’hui encore un indispensable parapluie pour la défense de l’Europe contre d’éventuelles attaques conventionnelles et nucléaires.

Elle contribue aussi à la mise en place d’un paysage géopolitique propice à l’épanouissement des plus grandes économies du monde que sont l’Union européenne et les États-Unis. Loin donc d’être obsolète, l’OTAN reste vitale pour les plus de 900 millions d’Européens et de Nord-Américains qui en bénéficient quotidiennement.

Les défis de l’OTAN

En 2019, l’OTAN fait cependant face à des défis redoutables et complexes ayant trait à son objectif, à son efficacité et à son unité. Ses membres se doivent d’aborder ces problèmes. En 2018, Vladimir Poutine présentait au monde de nouvelles armes «invincibles», hypersoniques ou sous-marines développées par la Russie, lesquelles confirment une nouvelle course aux armements avec Washington.

On prête au président russe la volonté de déstabiliser ou d’affaiblir des partenaires de l’OTAN comme l’Ukraine et la Géorgie, dont il occupe les territoires. Et les cyberattaques russes, la subversion politique et les campagnes agressives sur les médias sociaux constituent autant de menaces non conventionnelles pour les alliés de l’OTAN et leurs processus électoraux.

Il y a aussi la Chine de Xi Jinping qui ne représente toutefois pas une menace militaire directe pour la plupart des alliés de l’OTAN. Pékin lorgne néanmoins la domination dans les technologies militaires numériques, essentielle en cas de guerres asymétriques. Aussi, avec son capitalisme d’État et sa diplomatie économique agressive, la Chine est le concurrent mondial politiquement, économiquement et idéologiquement le plus redoutable pour l’Occident.

L’ennemi intime de l’OTAN

Le pire ennemi de l’OTAN vient toutefois de l’intérieur.

«Bien que l’OTAN ait des défis stratégiques à relever, la plus grande menace est l’absence d’un leadership présidentiel américain fort et fondé sur des principes pour la première fois de son histoire», a fait remarquer Nicholas Burns.

En effet, les États-Unis ont toujours été le membre le plus puissant de l’OTAN. Tous les présidents américains ont jusqu’à Trump été le leader naturel de l’alliance. Les dérapages devant les caméras entre Trump et Macron et les images montrant Justin Trudeau et d’autres alliés européens se moquant du président américain illustrent toutefois l’inquiétante crise de l’alliance.

«Lorsqu’ils interagissaient avec les dirigeants alliés, explique Burns, les prédécesseurs de Trump ont généralement suivi une règle d’or: les désaccords avec les amis sont acceptables, mais seulement dans les coulisses, pas en public».

Trump, en revanche, semble prendre un malin plaisir à humilier les alliés américains à la face du monde. S’il était réélu en 2020, Trump serait sans aucun doute l’ennemi intime – et donc, le plus dangereux – de l’Occident.