Ne pas tirer sur le messager

Avant même que ne soit déclenché la récente élection fédérale, le comité Aide et soutien aux travailleuses et aux travailleurs des secteurs saisonniers (ASTS) – ceux qui se battent pour l’amélioration des conditions des travailleurs saisonniers – avait déjà perdu sa bataille.

Le groupe dirigé par Fernand Thibodeau a lamentablement échoué à faire du problème des travailleurs saisonniers un enjeu électoral. Que s’est-il donc passé pour que les électeurs des régions côtières du Nouveau-Brunswick aient totalement ignoré le sort des chômeurs durant la campagne fédérale?

D’abord, il faut revenir à l’été 2018 et pointer du doigt les candidats provinciaux du Nouveau Parti démocratique dans la Péninsule acadienne pour avoir manipulé l’organisation des travailleurs, tout cela pour dépeindre les candidats libéraux et conservateurs de façon qu’ils apparaissent comme les grands responsables des problèmes des chômeurs, quand on sait pertinemment que les gouvernements provinciaux n’ont absolument rien à voir avec l’assurance emploi.

S’en suit toute une année de manifestations où le mouvement, après des actes de violence inacceptables auprès du député fédéral Serge Cormier, perd toute crédibilité quand vient le temps d’exposer aux électeurs fédéraux les revendications de leurs membres.

Pendant la campagne fédérale, trois manifestations n’ont réussi qu’à attirer une vingtaine de personnes chacune, alors qu’on se souvient des milliers de gens qui sont descendus dans la rue il y a plusieurs années pour la même cause.

C’est que les temps ont changé, et les travailleurs saisonniers devront réaliser que devant un contexte de plein emploi, le temps de cracher sur son député est révolu.

Réduire le problème des travailleurs saisonniers à une simple question de diviseurs relève d’une grande incompréhension du dossier. La solution ne se trouve pas uniquement à Ottawa. La solution est aussi largement dans les mains des employeurs.

Ceux-ci ne peuvent pas continuer à faire travailler des personnes dans des conditions abjectes, parfois pendant plus de 18 heures par jour ou encore pendant plus de 100 heures par semaine. Quand ce n’est pas la glace, c’est le crabe mou ou encore les baleines, toutes les raisons sont bonnes pour en finir au plus vite avec la saison de pêche.

De grâce, ne tuons pas le messager, car dans Acadie Bathurst, il est indéniable que le député Cormier a travaillé d’arrache-pied pour les saisonniers, malgré ce qu’on lui a fait subir. Il a bien fait d’éviter les représentants du groupe au cours de la dernière année en raison de leur programme politique.

Ce dont nous avons besoin, et très rapidement, c’est une large coalition de toute la communauté pour regarder les points suivants:

Les normes d’emploi et les conditions dans l’industrie de la pêche.

La rémunération dans les usines de poissons qui n’a pas augmenté malgré le fait que la valeur de la ressource a doublé et parfois triplé ces dernières années.

Un contrôle plus réglementé des débarquements de crabe.

Il est de la responsabilité de toute la communauté de s’impliquer pour régler une fois pour toutes ce problème.