Les défis du nouveau recteur

Après un premier concours qui a tourné en queue de poisson en raison d’une fuite dans les médias des candidats au poste de recteur de l’Université de Moncton, une fumée blanche nous annonce la nomination d’un nouveau recteur pour remplacer Raymond Théberge. On peut souhaiter que Denis Prud’homme sache relever les nombreux défis de notre Université que l’ancien recteur avait tout simplement balayés sous le tapis.

L’Université de Moncton doit relever le défi du recrutement d’étudiants pour maintenir à flot ses nombreux programmes. Ce n’est pas une mince tâche puisque la province vieillit à vue d’œil et que les écoles du Nord se vident. Avec près de 20% de ses effectifs étudiants provenant de l’international et le marché québécois refermé sur lui même en raison des politiques protectionnistes du gouvernement du Québec, l’Université de Moncton est condamnée à gérer la décroissance de ses effectifs étudiants.

Comme un malheur n’arrive jamais sans un autre, dans son dernier rapport la vérificatrice générale de la province invite le gouvernement à demander davantage de redditions de comptes aux universités de la province. Tout en sachant que les universités revendiquent leur autonomie à l’endroit de leurs bailleurs de fonds, on peut penser que la situation précaire des finances de la province incite le gouvernement à scruter de près la gestion financière de ses universités.

Comme le concours pour l’embauche d’un recteur à l’Université de Moncton est un parcours du combattant qui semble dissuasif pour un bon nombre de candidats potentiels, les braves ne se bousculent pas aux portillons pour occuper cette fonction pourtant des plus importantes pour l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Le recteur désigné Prud’homme va s’aventurer sur un terrain miné. Il devra composer avec trois campus qui fonctionnent avec trois budgets autonomes et une multiplication de nombreux services. Il aura la tâche de superviser la négociation de plus d’une douzaine de conventions collectives pour une université comptant moins de cinq mille étudiants.

Comme la détérioration de la situation de l’Université de Moncton poursuivra lentement mais sûrement son cours, le recteur Prud’homme aura le loisir de surfer allégrement sur les nombreuses embuches qui ne manqueront pas de se présenter sur son parcours au cours des cinq prochaines années. Avec un peu de chance, il pourra comme son prédécesseur Raymond Théberge quitter le navire avant qu’il ne touche des récifs redoutables.

L’Université de Moncton voulue par son recteur fondateur, le père Clément Cormier, est le fruit d’un compromis politique entre le sud et le nord de la province. Celui-ci voulait une seule université installée dans la ville de Moncton et non à toutes fins utiles trois universités éparpillées dans les trois coins de la province.

Le père Clément Cormier était certes un visionnaire, mais un piètre politicien. Son rêve d’une université acadienne et laïque implantée au cœur d’un centre urbain en pleine croissance a été brisé par des politiciens régionaux. Ce n’est qu’aux termes d’un autre débat politique que la superstructure de l’Université de Moncton sera revisitée.