Lorsque ma mère m’a dit que ma nièce avait placé son premier arbre de Noël dans son appartement étudiant, j’ai demandé sur-le-champ: «est-ce qu’elle a une crèche?» Je n’ai pas eu de réponse. J’ai su par après que ma mère lui avait fait cadeau d’une des siennes qui restait dans le bac de décorations.

Avoir une crèche, c’est comme avoir un crucifix dans une maison. Ça donne une information sur ceux qui habitent la maison. C’est une carte d’identité.

Une crèche a beaucoup de valeur de nos jours. Parce que c’est de moins en moins habituel. Autrefois, si on n’avait pas une crèche au pied du sapin, il y avait un vide. Aujourd’hui, il faut faire un vide parmi les cadeaux et les bébelles pour lui trouver une place. Ça ressemble à Bethléem il y a deux mille ans: il n’y a pas de place… Pourriez-vous aller ailleurs?

Même si les couleurs de la robe de Marie ne s’agencent pas avec vos décorations, même si l’Enfant-Jésus est poussiéreux et que ses pommettes rosées sont défraîchies, même si le bâton de saint Joseph est cassé, placez une crèche si vous voulez donner un sens profond à cette fête.

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Déjà, à l’époque byzantine, on recréait sous les autels des représentations de la nativité à Bethléem. Le nom de cette ville (étymologiquement: «maison du pain») qui a vu naître Jésus était annonciateur de l’eucharistie où Dieu se fait chair.

Des icônes de la nativité ont aussi été écrites au cours des premiers siècles pour refléter différents aspects du mystère de l’Incarnation.

Nous faisons remonter les origines des crèches telles que nous les connaissons aujourd’hui à saint François.

En 1223, le saint d’Assise a voulu recréer la scène de la naissance de Jésus et surtout montrer à ses contemporains l’extrême dénuement dans lequel le Roi du monde est venu. Il a choisi de monter cette scène dans la forêt de Greccio; il y a, à cet endroit, des parois rocheuses qui lui rappelaient les grottes qu’il avait vu en Terre Sainte.

Les témoins de la première crèche rapportent que François n’avait rien ménagé pour saisir son auditoire. Il y avait la paille, les animaux et la mangeoire. Cette nuit-là, ce n’est pas un nouveau-né qui se trouvait sur la mangeoire, mais l’eucharistie célébrée par le prêtre.

Les personnages de la crèche étaient les personnes présentes, qui avaient apporté des fleurs et des lumières pour illuminer la nuit. C’est lorsque les personnes présentes ont voulu recréer cette première crèche chez-eux qu’ils ont ajouté les personnages présents lors de la nuit sainte: Marie, Joseph et les bergers.

Au fil du temps, on a aussi ajouté des santons représentant les différents âges et conditions de vie, manifestant ainsi que le Christ vient pour tous.

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Il n’y a que saint Luc, au début de son évangile, qui rapporte les événements entourant la naissance de Jésus. Il le fait avec quelques mots seulement.

Comme s’il voulait, avec la sobriété de son récit, montrer la pauvreté de la scène.

Tout se déroule à l’extérieur du bruit et loin de l’agitation.

Pour montrer que le Christ naît là où ne l’attend pas.

Au milieu de tant de décorations dans nos maisons et nos lieux publics, le dénuement d’une étable apporte un espace nécessaire pour respirer sainement l’air du premier Noël.

Il n’est pas nécessaire d’avoir une crèche élaborée. C’est même le contraire à privilégier pour viser l’authenticité.

Parfois, la présence d’un conifère, d’un mouton ou d’un rocher, montre que toute la création s’associe à la louange: les arbres des forêts dansent de joie, car Il vient!

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Le 1er décembre dernier, le pape François a signé une lettre apostolique sur «le merveilleux signe de la crèche» (disponible sur le site vatican.va).

Pour lui, il ne s’agit pas d’une simple décoration; c’est un antidote à la frénésie envahissante à l’approche de Noël. Il ne s’agit pas non plus d’un jeu pour les enfants; une crèche peut susciter étonnement et admiration parmi les plus grands.

François n’hésite pas à qualifier la crèche d’Évangile vivant. Elle montre l’humilité et la tendresse de Dieu. Le pape nous demande de «proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité».

Fidèle à la piété populaire de son peuple d’Argentine, le pape François aime ces manifestations extérieures de la foi. Pour lui, une crèche peut stimuler l’affection des gens et leur permettre de se sentir impliqués dans l’histoire de la naissance en imaginant aisément les scènes.

Alors, pourquoi ne pas ajouter une crèche parmi vos décorations de Noël? Ou en offrir une petite pour la table de chevet d’une personne à l’hôpital ou dans un foyer de soin?

Moi aussi je souhaite des crèches pour nous aider à découvrir le sens de Noël.