La tragédie de la gouvernance climatique

En 1968, l’écologiste controversé Garrett Hardin publiait ce qui deviendra l’un des essais les plus influents en sciences sociales contemporaines: The tragedy of the commons (La tragédie des biens communs). Il y écrivait: «La ruine est la destination vers laquelle tous les hommes se précipitent, chacun poursuivant son propre intérêt dans une société qui croit en la liberté des biens communs. La liberté dans l’exploitation d’un bien commun apporte la ruine à tous».

Cette métaphore illustre à merveille la logique sinistre derrière la plupart des plus grands problèmes de notre génération. Des ressources communes, telles que la pêche, les forêts et l’air sont menacées par des individus et des nations égoïstes qui en retirent ce qu’ils peuvent, même s’ils savent pertinemment que la ressource en question sera anéantie si tout le monde fait de même.

Pourquoi la COP25 a-t-elle été un échec?

Rien ne rend mieux compte des limites de la gouvernance mondiale du climat que la tragédie des biens communs. La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques s’est prolongée du 2 au dimanche 15 décembre (au lieu de samedi) à Madrid. C’était la 25e Conférence des parties (d’où son acronyme COP25) depuis celle de 1992 (oui, 1992) lorsque les nations du monde ont convenu de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La COP25 était un rendez-vous à ne pas manquer. Outre l’annonce de nouveaux objectifs de réduction des gaz à effet de serre, elle devait permettre aux différents gouvernements d’adopter des moyens concrets pour calculer les échanges de crédits de carbone entre les pays. La conférence de Madrid s’est achevée sur des avancées jugées largement «quasi insignifiantes» dans la lutte contre le changement climatique.

Pour cause, l’égoïsme de certains pays (États-Unis, Chine, Inde, Australie, Brésil – lesquels sont les grands émetteurs de gaz à effet de serre) a mis à mal une présidence chilienne déjà éprouvée dans ses efforts en vue d’arriver à un consensus.

Que va-t-il se passer à Glasgow?

La COP26 sera peut-être la conférence de la dernière chance. Elle se tiendra à Glasgow (Royaume-Uni), en novembre 2020. Les élites mondiales sauront-elles enfin se hisser à la hauteur des enjeux climatiques? Ceux-ci vont de la menace de disparition de petits États insulaires, à la déforestation dont sont victimes des peuples indigènes et à la fonte presque irréversible des glaciers si rien de change.

L’absence d’une autorité au-dessus des États, capable d’imposer des ententes et par la suite leur application, n’incite pas à l’optimisme. Dans cet environnement international, décrit généralement comme «anarchique», il est peu probable que des nations souveraines – les plus puissantes tout particulièrement – concèdent la prise de décisions dans un domaine aussi important que leur système énergétique à un organisme mondial comme l’ONU.

Même si c’était le cas, le retrait inopiné des États-Unis sous Donald Trump de l’Accord de Paris sur le climat suffirait à démontrer la précarité de telles ententes. L’enseignement en est que l’énergie est au cœur du bien-être économique des États. Or, le bien-être économique national est essentiel au maintien du pouvoir et de la légitimité d’un régime politique.

L’humanité peut-elle éviter la tragédie climatique?

À moins donc que les nations ne croient que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est dans leur intérêt national, elles ne respecteront pas leurs promesses de réduire ces émissions. Et si les gouvernements croient un jour que de telles réductions sont dans leur propre intérêt, ils n’auront pas besoin d’un traité pour les inciter à l’action.

La gouvernance mondiale du climat n’est pas pour autant impossible. Une des solutions inventives pourrait être l’idée de la création d’un «club du climat», un groupe de pays qui fixeraient un prix commun du carbone et imposeraient des droits de douane aux non-participants.

Aussi, au lieu d’essayer de conclure un traité global qui vise à réduire l’ensemble des émissions, une meilleure approche pourrait être de procéder par secteurs stratégiques. Par exemple, des traités de coordination autour des technologies vertes comme les voitures électriques pourraient être un bon point de de départ.

«L’imagination est plus importante que la connaissance», disait le célèbre scientifique Albert Einstein.