Trois questions préoccupantes pour les années 2020

Donald Trump sera-t-il réélu à la présidence américaine en novembre 2020? La Chine surclassera-t-elle les États-Unis dans l’intelligence artificielle (IA)? Les dirigeants du monde concluront-ils enfin un accord sur la réduction des gaz à effet de serre? Au moment où une décennie se referme et où une nouvelle s’ouvre, il est difficile de ne pas céder à la tentation de réfléchir à certaines des questions majeures dont les réponses – quelles qu’elles soient – façonneront à coup sûr la prochaine décennie.

1. Une élection américaine pas comme les autres

Les États-Unis tiendront des élections dans moins d’un an, en novembre 2020, parmi lesquelles l’élection pour le choix d’un nouveau président. Vues d’ailleurs, il peut sembler qu’il s’agisse juste d’une nouvelle élection américaine, qu’un démocrate ou un républicain remportera à coup sûr. Il n’en sera rien, en réalité. Ce ne sera pas une simple élection et cette élection ne sera pas qu’américaine.

Ce sera l’une des élections les plus importantes dans l’histoire du monde. Si vous vous souciez de l’ordre mondial libéral, responsable de tant de décennies de progrès économique et social, faites-y attention, parce que son avenir sera en jeu dans l’issue de ce scrutin. Si vous êtes Canadiennes et Canadiens, faites-y vraiment attention, parce que le résultat de cette élection pourrait pousser le Canada à réinventer totalement sa politique étrangère.

Si le président sortant, Donald Trump, est réélu, une crainte légitime est qu’il ne sera plus possible de compter sur aucune des trois grandes puissances mondiales (avec la Chine et la Russie) pour apporter son soutien aux démocrates, aux défenseurs des droits de la personne et à la coopération internationale. La réélection de Trump demeure pourtant une vraie possibilité.

D’une part, les primaires démocrates en cours n’ont pas encore permis d’identifier un candidat avec une chance réelle de défaire Trump. À la date du 26 décembre, celui-ci récoltait dans les sondages un taux d’approbation de 42,7%, avoisinant ainsi le sommet historique de popularité de 45,5%.

D’autre part, la Chambre des représentants, dominée par les démocrates, a formellement mis Trump en accusation pour «abus de pouvoir» et «entrave du travail du Congrès».

Il appartient désormais au sénat de juger Trump, ce qui se fera probablement en janvier. Selon la Constitution américaine, deux tiers des sénateurs seront toutefois nécessaires.

Pour destituer Trump de ses fonctions, les démocrates auront besoin de l’aide de certains sénateurs du Parti républicain. Cela a peu de chance de se produire. Les recherches académiques démontrent en effet que l’idéologie – plus que les arguments légaux – déterminera vraisemblablement le vote des sénateurs républicains.

2. Le «Grand bond en avant» de la Chine dans l’intelligence artificielle

Plusieurs études récentes démontrent que la Chine est actuellement en voie de dépasser les États-Unis dans cette série de technologies au cours de la décennie à venir.

Selon les spécialistes, l’IA aura un impact aussi transformateur sur le commerce et la sécurité internationale au cours des deux prochaines décennies, comme les semi-conducteurs, les ordinateurs et le Web ont eu au cours du dernier quart de siècle.

La maîtrise de l’IA répond d’abord à un impératif de politique intérieure en Chine. Les technologies associées à l’intelligence artificielle promettent d’être le plus grand moteur des progrès économiques au cours du prochain quart de siècle.

La classe moyenne chinoise connaît une croissance exponentielle, mais le système politique devient de plus en plus autoritaire. Diriger 1.4 milliard de citoyens devient dès lors une tâche herculéenne. Ainsi que l’explique le professeur américain Graham Allison, l’IA devient dès lors une priorité existentielle pour le PCC. L’IA lui donne les moyens d’éviter la démocratie dysfonctionnelle occidentale, au profit d’une «controlocratie».

L’intérêt de la Chine va toutefois bien au-delà. L’IA est le terrain privilégié d’une course aux armements sans limite entre les deux superpuissances numériques pour la suprématie technologique mondiale. Or, pour peu que l’«affaire Huawei» soit un guide, cette course pourrait amener les pays du reste du monde à devoir choisir un camp. Sacré dilemme, s’il en est!

3. L’urgence climatique

S’exprimant en Espagne avant le récent sommet de la COP25 sur le climat pour négocier un système d’échange de quotas d’émission, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a averti que la Terre se dirigeait vers un «point de non-retour».

Il a reproché aux politiciens de continuer à subventionner les combustibles fossiles et de refuser de taxer la pollution.

Un article scientifique publié presqu’en même temps dans la revue Nature spéculait sur le fait que la planète a déjà atteint un état critique de réchauffement et qu’elle est aujourd’hui, climatiquement parlant, condamnée. Nous sommes donc dans une «urgence planétaire». Il n’y aura pas de question plus essentielle durant les premières années de la décennie 2020-2030.