Exode

Le 31 décembre, alors que la majorité d’entre nous préparions nos fêtes de fin de l’année, dans un minuscule village de l’île de Terre-Neuve, des gens fermaient à clé la porte de leur maison – sans doute pour la première fois de leur vie! – montaient dans leur camionnette ou voiture et prenaient la direction du quai.

Des 54 habitants de Little Bay Island, 52 embarquaient alors sur le traversier pour rallier l’île de Terre-Neuve et une vie nouvelle, un exode qu’aucun d’entre eux ne voulaient mais auquel ils se sont résignés. Triste début d’année pour ces familles contraintes à tout laisser derrière eux en échange de 250 000$.

Cette fois, contrairement au programme de Joe Smallwood dans les années 60, c’est la communauté elle-même qui a demandé à partir en votant à plus de 90% pour le déménagement. Reste que l’arrachement est le même. Certains reviendront pour les vacances d’été, mais la page est définitivement tournée sur ce village de pêche, autrefois prospère.

Les circonstances entourant ces 52 exilés, les Australiens fuyant les incendies ou les Syriens acculés à la fuite par la guerre, sont totalement différentes bien sûr! Certains risquent leur vie, d’autres non, plusieurs le font dans le dénuement, d’autres pas, mais il reste que tous et toutes sont obligés de partir, d’abandonner leur quotidien pour essayer de se reconstruire ailleurs.

Au moment de l’ultime départ du service de traversier, alors que l’usine de génération d’électricité avait cessé de fonctionner, le seul réconfort des exilés de Little Bay Island était de savoir que deux personnes restaient sur place pour veiller sur leurs biens. Curieusement, ce couple d’irréductibles, Georgina et Michael Parsons, résolus à vivre seuls sur l’île, sans aucun service public, sont de ceux qui ont longtemps vécu loin de leur province natale pour mieux y revenir. Réinstallés «chez eux» depuis quelques années, il leur était impossible d’envisager de repartir.

En ce début d’année, souhaitons à ces exilés de trouver leur place au soleil et aux Parsons de tenir le coup. Quant à nous, mieux vaut ne pas croire que ça n’arrive qu’aux autres: érosion de nos côtes, montée des eaux, feux de forêts et autres désastres naturels, accidents (comme cette usine de recyclage de pneus qui brûle), peuvent à tout moment nous mener, nous aussi, sur la route de l’exil.