1917: un exceptionnel tour de force!

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? C’est probablement ce que s’est dit le cinéaste Sam Mendes quand il a décidé de mettre sur pellicule une histoire de la Première Guerre mondiale que lui avait racontée son grand-père. Le résultat? 1917, un film d’une durée de près de deux heures qui donne l’impression d’avoir été filmé en une seule prise.

Après des débuts remarqués à Hollywood il y a 20 ans avec American Beauty – qui lui a valu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur réalisateur -, Mendes s’est cantonné dans le cinéma de répertoire à grand déploiement (Road to Perdition, Jarhead, Revolutionary Road et Away We Go), avant de réaliser deux épisodes de la saga James Bond, Skyfall (2012) et Spectre (2015).

Avec 1917, le cinéaste britannique revient un peu à ses premiers amours en nous offrant une oeuvre artistique dotée d’un budget hollywoodien.

Sorti dans quelques salles américaines le jour de Noël, le film de guerre bénéficie maintenant d’une distribution planétaire et accumule les honneurs. Il est notamment en nomination pour trois Golden Globes et huit Critic’s Choice Awards, en plus d’avoir été sélectionné dans la prestigieuse liste des dix meilleurs films de l’année de l’American Film Institute.

La raison derrière toutes ces accolades est facile à comprendre: 1917 est un exceptionnel tour de force cinématographique.

Une mission

Nous sommes au printemps 1917. Les forces allemandes commencent à se replier devant les assauts alliés. Mais Wilhelm II a l’intention de se battre jusqu’à la fin.

Dans le nord de la France, 1600 soldats britanniques du régiment Devonshire s’apprêtent à donner un assaut majeur sur la Ligne Hindenburg, derrière laquelle ont retraité des troupes allemandes supposément en déroute.

À quelques kilomètres de là, les généraux anglais ont appris que le repli des Allemands était orchestré et que le Devonshire s’apprête à tomber dans un piège.

Pour empêcher le massacre, deux jeunes soldats, Schofield (George MacKay) et Blake (Dean-Charles Chapman) sont chargés d’aller livrer en main propre au colonel Mackenzie (Benedict Cumberbatch) une missive lui ordonnant de renoncer au combat.

Une véritable course contre la montre s’engage alors que Schofield et Blake doivent courir à découvert sur un territoire contrôlé par les Allemands et ravagé par la guerre…

Brillant et stressant

Même si MacKay est brillant et que des acteurs de renom tels que Mark Strong, Colin Firth et Cumberbatch font de courtes apparitions mémorables dans le film, les véritables vedettes de 1917 sont Mendes et le directeur de la photographie Roger Deakins.

Je précise que 1917 n’a pas été tourné en une seule prise (j’ai noté au moins cinq ou six subtiles coupures, surtout dans la dernière heure), mais il est monté de façon à nous faire croire que la caméra ne s’est jamais arrêtée entre la première et la dernière scène – ce qui est déjà un art en soi.

Par moment – la formidable musique de Thomas Newman aidant – la tension est à couper à la baïonnette. Nos héros avancent, entre les rats, les cadavres et les cratères d’obus, sans jamais savoir si un ennemi n’est pas embusqué quelques mètres plus loin…

Les scènes les plus frappantes – et les plus compliquées à tourner, on s’en doute – sont celles qui se déroulent dans les tranchées. On y voit les deux soldats courir, se faufilant entre leurs nombreux camarades et les obus ennemis.

J’ose à peine imaginer le travail qui a été nécessaire pour chorégraphier les efforts d’autant de gens. N’oubliez pas que tout doit être parfait parce que si la synchronisation est un tant soit peu déréglée ou qu’un comédien oublie ses lignes, une scène d’une quinzaine de minutes doit être reprise du début!

Pour mettre l’exploit de Mendes dans son contexte, essayez simplement de tourner une vidéo avec votre cellulaire. Voyez si vous parvenez à faire quelque chose de potable du premier coup. Maintenant, ajoutez des dizaines et des dizaines de figurants, ainsi que des explosions. Courez en compagnie votre sujet. Et assurez-vous qu’il soit toujours bien cadré… pendant deux heures. Bonne chance!