Faire la paix?

Enhardi par tous les bons sentiments qui dégoulinent dans les médias depuis les Fêtes et résolu à les mettre en pratique, je m’étais proposé d’entamer cette année avec une chronique «légère» qui aurait l’effet d’un bon fricot après tant de bombances et d’émotions: nous rasséréner.

Mais me voilà pogné avec la troisième guerre mondiale sur les bras!

Car, au même moment, on apprenait que le bonhomme Trump, dont personne ne parvient à diagnostiquer correctement le comportement erratique, après avoir cru intelligent, avec l’aide de ses sbires, de faire exploser la voiture d’un des plus importants personnages politiques iraniens, venait d’ordonner l’envoi de troupes militaires vers cet Orient qui n’en finit plus de fasciner par son exotisme et d’effrayer par son fanatisme. Aujourd’hui, cet Orient crie vengeance.

Et c’est ainsi que débute 2020: d’un côté, un fou du roi qui cherche un incipit suffisamment amusant dans sa chronique pour relancer agréablement l’agenda collectif de l’année, et de l’autre, un fou tout court qui cherche un prétexte suffisamment choquant pour relancer pitoyablement un concours de beauté narcissique dont il est le seul et unique concurrent.

Où cela nous mènera-t-il?

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J’entends d’ici des lecteurs zéclairés zé des lectrices zéclairantes maugréer que non, il n’y a pas de troisième guerre mondiale en vue, que j’en mets trop, comme on voit sur certains gâteaux de noces ensevelis sous une tonne de glaçage et de paillettes alimentaires.

J’avoue que ces grommellements me surprennent un peu, tant il est vrai que je n’exagère JAMAIS. En fait, je n’ai jamais exagéré une seule fois de ma vie. Et j’ai déjà deux fois l’âge de Mathusalem!

Toutefois, en lisant les gazouillis du Twit-en-chef des États-Unis, et en entendant les anathèmes lancés sur l’Amérique par les porte-parole d’Orient, et devant le coup de force que tente actuellement le Twit-en-chef face à l’Iran, je me dis que ça augure bien mal. Non seulement pour eux, mais pour la planète au complet.

Parce qu’il n’y a pas que l’économie qui est enchevêtrée mondialement. Les relations internationales aussi le sont, peut-être même plus que jamais, justement à cause de l’économie. Autrefois, à l’époque où la diplomatie était en vogue, on pouvait espérer que les problèmes se résorbent avant d’atteindre leur acmé – ou leur point critique, si vous préférez.

Encore que, toujours en parlant de diplomatie, on a vu ce qu’elle a donné en 14-18 et en 39-45…

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Mais quoi qu’il en soit, ce qu’il faut retenir, c’est qu’aujourd’hui, même si la diplomatie se faisait aller les babines, il est difficile d’imaginer qu’un terrain d’entente puisse être identifié entre ces belligérants, déjà alignés sur la ligne de départ, étant donnée la polarisation extrême opposant présentement sur terre les populismes de gauche aux populismes de droite. Ajoutez à ça les populismes idéologiques opposés aux populismes théocratiques, et c’est l’auberge espagnole!

Certes, il y a une bonne part de rhétorique dans ces propos survoltés. C’est à qui japperait le plus fort. Mais l’expérience – je devrais dire: l’Histoire – nous enseigne que ces aboiements intempestifs finissent souvent par des morsures que personne n’est prêt à pardonner, encore moins des personnages à l’orgueil grand comme une galaxie.

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Ce qui aggrave la situation, c’est que, ces temps-ci, partout sur terre, quelqu’un veut en découdre avec son vis-à-vis. On peut donc s’attendre à ce que la diplomatie se fasse aller les babines… jusqu’au sang.

Ensuite, nous aurons droit aux discours éplorés de chefs d’État et de gouvernement, aussi désemparés que nous, qui tenteront de mettre un baume sur nos inquiétudes, en multipliant les mensonges blancs, les objurgations et les barouds d’honneur.

Dans les prochains mois, attendez-vous donc à lire et à entendre souvent les mots «désescalade», «médiation internationale», «bonne volonté», «respect des peuples», «intégrité territoriale», «droits humains», alors que la planète sera maintenue sur le qui-vive.

Décidément, une belle année en perspective…

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Bizarrement, j’ai le cœur serein.

Ces jours-ci, ma foi dans la vie pète le feu! La perspective d’une autre guerre affreuse m’inquiète, bien sûr, surtout avec qui vous savez aux commandes, mais ma petite voix intime me dit de faire confiance à la vie, de faire confiance à mes frères et sœurs, à l’humanité qui, quoi qu’on dise, ne veut pas mourir et vise le bonheur de vivre. Envers et contre tout.

Est-ce pour cela que je sens que l’année 2020 sera une bonne année? Peut-être. Et puis, 2020, c’est un nombre dodu comme un bourdon inoffensif. C’est un chiffre rond. Une boule, quoi!

Et cette boule me ramène à notre propre boule, la petite planète bleue qui roule sa bosse polluée dans notre système solaire.

Je suis toujours bouleversé quand je ressens en moi notre petitesse dans l’immensité de l’Univers. Notre galaxie, la Voie lactée, comprendrait entre 200 et 400 milliards d’étoiles. Elle voltige dans un nuage de galaxies appelé Groupe local, qui compterait une cinquantaine de galaxies.

Ce Groupe local est lui-même rattaché à l’Amas de la Vierge, un amas de galaxies comptant plus de 1500 galaxies. Et cet amas est relié au Superamas de la Vierge, contenant environ 10 000 galaxies, lui-même rattaché au Superamas Lanikea qui contiendrait à son tour une centaine de milliers de galaxies! Et l’Univers connu compterait jusqu’à 2000 milliards de galaxies! Vertige.

Mais il y a encore infiniment plus petit que nous! J’ai lu dans Dieu et la science, un entretien entre Jean Guitton et les célèbres frères Bogdanov, que si l’on comptait les atomes d’un grain de sel et qu’on pouvait en compter un milliard par seconde, il faudrait cinquante siècles pour compter tous ces atomes! Vertige.

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Et nous nous baladons dans cet infini, souvent trop absorbés dans nos entreprises terrestres pour penser à tout ce qu’il y a autour en en-dedans! Peut-être qui si l’on s’y arrêtait à l’occasion, simplement pour en contempler la beauté et méditer sur notre privilège d’exister, on chercherait plus à faire la paix que faire la guerre?

C’est ce que je nous souhaite en cette nouvelle année!

Han, Madame?