Bien se nourrir

Partout, dans notre région, on a du mal, ces temps-ci, à trouver les salades, fruits et légumes qu’on aspire à manger après nos excès festifs. C’est particulièrement ironique que juste après l’abondance des Fêtes, nos communautés se trouvent subitement confrontées à tout l’inverse, soit l’insécurité alimentaire.

«Qu’est-ce que l’insécurité alimentaire?», dites-vous. Pour commencer, c’est quand on n’a pas «accès à une nourriture suffisante, saine et nutritive, permettant de satisfaire nos besoins énergétiques et nos préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.» Mais c’est aussi quand ceux qui produisent notre nourriture n’arrivent pas à vivre de leur travail.

Au Nouveau-Brunswick on s’insurge contre le fait que les producteurs locaux n’arrivent pas à placer leurs produits dans les grandes chaînes d’alimentation, mais aussi parce qu’il manque de salade sur les étagères des supermarchés! Sur mon île de Terre-Neuve, les étals de fruits et légumes offrent un spectacle assez pathétique cette semaine, après plusieurs interruptions de service de traversiers entre Sydney et Port-aux-Basques . À Saint-Pierre et Miquelon, en janvier, le service hebdomadaire de ravitaillement par bateau est suspendu pour une semaine. Résultat, l’autre jour il n’y avait plus une seule pomme de terre à acheter.

Sur l’île de Terre-Neuve on a, au maximum, trois jours de sécurité alimentaire (je ne parle même pas du Labrador où c’est encore plus difficile!) et je parie que ça ne doit pas être beaucoup plus élevé dans les autres provinces. Il y a là un sérieux problème auquel politiquement et collectivement il serait bon de s’attaquer!

Il est clair qu’on devra continuer à acheter des produits venus de l’extérieur – les oranges et les citrons locaux ne sont pas pour demain! – mais si, au moins, on pouvait se fier à des produits de première nécessité issus de notre région pour « survivre » ce serait déjà une grande avancée. Ce serait une manière intelligente de croître notre économie en assurant la bonne santé de tout le secteur agro-alimentaire. Ce serait une façon pour la région atlantique de réduire son empreinte carbone que de diminuer les tonnes de marchandises importées de Dieu sait où par nos supermarchés.

En bref, ce serait faire preuve de gros bon sens.